Ah Madame, que c’était bon !

Le trajet vers le Cap Breton et la ville de Sydney, dans le nord de la Nouvelle-Écosse, s’est très bien déroulé. La route est sympathique et même si nous avions hâte d’arriver au traversier, les paysages typiques du nord de la Nouvelle-Écosse offrent toujours de bons moments d’admiration. Tantôt une baie, tantôt le contour inégalé du lac Bras d’Or – la grande étendue d’eau salée au centre du Cap-Breton, reconnue comme réserve de biosphère depuis 2011. 

Et il y a l’Isle Madame…

Nous savions que l’endroit était unique pour sa localisation géographique, l’île principale d’un archipel échancré sur la côte est de la Nouvelle-Écosse, battu par les vagues de l’Atlantique et riche en histoire. Petit-de-Gras, Cap la Ronde, Poulamon, Sainte-Marie, Port-Royal (à ne pas confondre avec le Port-Royal de la vallée d’Annapolis), autant de petits villages aux connotations typiquement acadiennes.

Il y a toutes sortes de façons et de raisons de voyager : pour accumuler des milles Aéroplan, pour appliquer des autocollants multicolores et exotiques sur le derrière de son motorisé, pour chercher les plages et se dorer la bedaine sur le sable, pour dire qu’on est allés là et là, qu’on a visité un ailleurs que d’autres n’ont peut-être pas vu. 

Je ne sais pas trop pourquoi nous, nous voyageons dans notre beau gros Mott, sinon pour répondre à cet appel de découvrir l’inconnu, d’explorer un lieu qui étendra notre vision et notre perception de tous les autres endroits de la planète. Regarder l’horizon comme si on le voyait pour la première fois, à partir d’un point de vue nouveau, debout sur une terre qu’on espère pleine de découvertes. On se prend pour Christophe Colomb finalement. L’espace de quelques instants. Avant que Lupa nous rappelle à l’ordre avec un jappement pointu. Ou qu’un autre touriste nous pousse dans le dos avec son Winnebago.

Il y a des moments, dans ces voyages, qui n’ont pas de prix, qui nous transportent l’âme et nous bouleversent. Parfois, c’est un paysage qui redessine l’infini; un quai en équilibre instable sur des rochers noircis par les vagues et la barbe de varech; une cabane de pêcheur où tout le sens du passé nous agrippe par les narines et le regard; un site de camping isolé, en bordure de la mer, qui nous donne l’impression que le temps a pris son envol ici, là, et que plus rien ne compte, que la paix est née sur ce sol de tourbe.

Chose certaine, la découverte de la route sinueuse qui traverse l’Isle Madame était inattendue et tombait dans cette catégorie de « lieux enchanteurs ». Nous ne cherchions rien en particulier sinon le désir de voir ce qu’il y avait de l’autre côté de la courbe, et de la suivante, les petites maisons blanches à toiture rouge du prochain village. Un peu partout, entre la route et la mer, des épaves pas toujours bien conservées de vieux navires, maintenant endormies dans les pâquerettes, retenaient notre regard et nous rappelaient que toute cette région avait sans doute déjà connue une belle époque de prospérité, à l’image de bien d’autres régions côtières de l’Est du Canada.

Puis à propos de rien, on commence à penser au lunch et, air marin oblige, à se demander si on avait une chance de trouver quelque part, un p’tit amuse-gueule maritime… lire : fruits de mer. 

Notre conversation vient à peine de tourner aux papilles gustatives que du coin de l’œil, on aperçoit un quai et une usine. Notre première pensée va bien entendu vers les homards dont nous raffolons tous les deux : les usines qu’on trouve le long des côtes de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick ont été construites justement pour traiter les milliers de tonnes de homards qui sortent des bateaux toutes les saisons. 

On prend donc une petite route en épingle, on descend une pente trop pointue pour le poids de notre Mott, au grand désespoir des freins, et on arrive près de l’usine qui bourdonne d’activité. Des navires de pêche hauturière (beaucoup plus gros et imposants que les navires côtiers qui nous sont familiers) sont amarrés au quai et des hommes en grandes bottes de caoutchouc noire et en cirés jaunes, s’affairent à décharger des bacs énormes remplis de ce qu’on croyait être des homards… Mais holà, attention, un moment, là! Navires hauturiers? Les homards ne se pêchent pas en haute mer, mais le long de la côte. Que se passe-t-il dans ces navires?

Du crabe !! Mille millions de mille sabords, comme dirait le capitaine Haddock! Rien que du crabe des neiges – un plein bateau – tout vivants, tout beaux!

Nous nous lançons à toutes jambes, en faisant attention de ne pas glisser sur notre salive, pour parler à quelqu’un, trouver un point de vente. Voudront-ils même parler à des clients sur place alors que de toutes évidences, ce quai est industriel et n’a rien prévu pour les quidams en mal d’exosquelettes. On demande à un travailleur en grandes bottes, puis à un autre enveloppé d’un grand tablier orange et finalement, à quelqu’un de bien ordinaire qui s’affairait par là, qui nous dit dans un français à l’accent bien acadien qu’il faut parler à un gars qui est probablement derrière son comptoir, dans l’entrepôt de l’autre côté du quai.

On était excités comme des enfants qui viennent de découvrir le repère du Père Noël! On trouve le type de l’entrepôt qui nous écoute avec patience et qui accepte de nous vendre (à un prix vraiment trop bas) « trois ou quatre » crabes vivants. Sa générosité va même jusqu’à nous expliquer, comme si tout était simple et allait aboutir inévitablement à cette conclusion, comment les préparer et les faire cuire. Ça peut sembler anodin, mais un crabe des neiges, ce n’est pas un homard.

On est retourné au bateau et les pêcheurs nous ont donné quatre beaux gros crabes de plusieurs livres chacun. 

En passant, vous savez j’espère qu’un crabe des neiges, ce n’est pas très beau du faciès et c’est « hénaurme »! Les pattes étendues, c’est un animal de facilement deux pieds et demi (60 à 80 cm) de large. Quatre crabes comme ça, c’est tout un repas, même si on ne mange que les pattes !!

On ne « prépare » pas un crabe des neiges vivant comme on prépare une truite. Ce que ça veut dire, c’est qu’il faut le faire trépasser et le « séparer » avant de faire cuire les pattes, mais surtout pas trop tôt. En fait, les crabes des neiges supportent mal de ne pas être en vie, tiens donc. Il faut absolument le faire trépasser immédiatement avant de le mettre dans l’eau bouillante et pas plus tôt tant sa chair se détériore rapidement.

Ça demande de la technique et un peu de détermination. Le fait est que ce n’est pas bien beau l’intérieur d’un crabe des neiges et ça peut avoir l’air un tantinet intimidant, genre, beurk ! D’ailleurs, rien de l’intérieur du corps du crabe des neiges n’est vraiment comestible. Et il faut aussi nettoyer le haut des pattes, la partie rattachée au corps, pour en retirer tout ce qui pourrait passer pour des impuretés.  

Mais en pensant au festin qui nous attendait, on a fait ça comme des grands, même si c’était notre première expérience : on a séparé les pattes et on a mis tout ça dans une grande marmite (qu’on avait acheté spécialement pour l’occasion) remplie d’eau bouillante bien salée (une tasse de gros sel par gallon d’eau… ou encore, un gallon d’eau de mer, tout bonnement). On laisse cuire pendant une quinzaine de minutes, on installe la nappe et les assiettes, on sort le vin blanc du frigo et on déguste.

Aucun crabe au monde n’arrive à la première phalange de ces crabes-là! Juteux, sucrés, remplis de ces saveurs que seuls les fruits de mer les plus frais peuvent offrir. On bavait de bonheur. La face tout en sourire, le cœur tout en joie, la bedaine replète, les doigts et la chemise beurrés de jus de crabe (c’est tellement meilleur que ça sonne…), on a arrosé notre repas d’un délicieux riesling bien froid et on a simplement jouit de notre chance de vivre un moment comme ça. On dit qu’il n’y a pas de chance, que la chance, c’est nous qui la faisons, blablabla… mais dans ce cas-là, ce quai, ce navire, ces crabes vivants, ils sont arrivés bien à point dans une conversation sur le thème de la bouffe, au milieu d’un gros nulle part bleu. Alors donc, salut la chance!

Ahhh, que c’était bon! On en rêve encore.

Il ne faut pas perdre de vue qu’un autre navire nous attend. Il faut s’activer! Comme les crabes nous ont pas mal retardés, nous reviendrons plus tard visiter les sites et villages de cette région savoureuse. Nous avons encore un arrêt important à faire avant de traverser à Terre-Neuve : Louisbourg!

La première vague

LA BULLE ATLANTIQUE

Brie – Aye Pé, j’prends deux semaines de vacances!

Pé – Han, quoi?!?

Brie – On va pouvoir faire du camping autour de la maison et s’occuper de notre terrain pis de notre jardin, ça va être chouette.

Pé – Han, quoi, quoi ?! Deux semaines? Euh… Le jardin??

Bref moment de silence et de réflexion…

Pé – Qu’est-ce que tu dirais si on en profitait pour amener le Mott ailleurs… à Terre-Neuve par exemple, ce serait amusant, non? Un p’tit tour dans les pubs de St. John’s, han? On aura bien le temps de s’occuper de la maison en revenant.

Et c’est comme ça qu’on a décroché le téléphone et sorti l’ordinateur pour vérifier d’abord si on peut se rendre sans trop de restrictions dans cette île de l’Atlantique durant cette époque de pandémie et ensuite, pour réserver le traversier.

Tout s’est réglé avec la précision et la magie d’une horloge dans Harry Potter! On décolle dans six jours. On va passer deux semaines là-bas. En partant le jeudi après-midi après la job de Brie, on couche en chemin quelque part dans le sud du Nouveau-Brunswick et on en profite pour visiter un peu. On arrive au traversier de Nord Sydney en Nouvelle-Écosse le vendredi. Ça nous donne tout plein de temps pour voyager les 700 kilomètres qui nous sépare de là et on sera tout bien organisé pour monter à bord du traversier à destination de Terre-Neuve le vendredi soir.

Ensuite, il faut penser à Lupa, notre belle Alsacienne qui va nous accompagner sur « le Rocher »; avertir les voisins, nos amis et réorganiser tout le motorisé – beaucoup trop plein de gugusses inutiles pour nos besoins durant ce périple sur des routes incommodes. Il faut aussi penser au contenu du frigo et de nos garde-mangers, un détail important puisqu’il faudra fermer le gaz durant la traversée maritime de sept heures entre Sydney et Port aux Basques à Terre-Neuve, ce qui veut dire que le frigo ne fonctionnera pas durant tout ce temps-là en pleine chaleur estivale : on va probablement se tourner vers l’ancienne technologie et apporter nos glacières. On le dira à personne.

Deux semaines, ce n’est pas beaucoup, mais en même temps c’est suffisant pour changer d’air, s’amuser et découvrir.

LES PRÉPARATIFS

Avant de penser plus loin, il faut bien budgéter un voyage comme ça, surtout qu’on part à l’improviste. La tournée sera d’au moins 4 000 kilomètres aller-retour, 5 000 peut-être… ça veut dire environ 1 500$ d’essence ($1,35\l, à cette époque). Le traversier coûte 650$ en incluant une cabine puisque nous ferons la traversée de nuit et que, règlements obligent, nous ne pouvons rester dans le motorisé pendant le trajet. Il y aura aussi des frais moindres pour les campings que nous visiterons immanquablement, la bouffe et les restaurants… et quelques souvenirs pour nos amis. Finalement, il faudra inclure un changement d’huile en revenant.

Puis il faut sortir tout le bagage régulier du Mott et revoir ce qu’on va apporter avec nous. Inutile de se surcharger avec du matériel dont on ne se servira pas comme par exemple, quatre chaises longues. Deux seront bien suffisantes lorsque les campings seront utilisés pour se reposer de la route et dormir. Inutile aussi d’apporter nos bûches chimiques pour faire des feux, une tente (que nous conservons toujours, des fois que…), la litière de Poutine (qui va rester au frais à la maison, la douce), une table pliante. Tous ces éléments sont importants pour du camping bourgeois de plusieurs jours, mais deviennent inutiles, encombrants et lourds pour des arrêts repos ou des nuits en zones plus sauvages le long de routes en hoquet. Même les bûches de bois « naturel » que nous transportons souvent pour faire des feux rapides en camping ne sont certainement pas recommandées à Terre-Neuve en raison de la présence toujours possible de bibittes et de parasites – inoffensifs sur la « terre ferme », mais potentiellement très nuisibles dans une région isolée qui ne les connaît pas.

On conserve nos cannes à pêche, des fois qu’on trouverait une baie pour tirer une ligne à la mer.

On prend la fin de semaine pour réévaluer aussi le contenu des garde-mangers du Mott, mettre des conserves fraîches, de p’tits gâteaux Vachon frais :o), acheter de nouvelles friandises et des lunchs pour la route et emmagasiner suffisamment de bouffe pour deux jours de route (entre la maison et le point d’embarquement vers Terre-Neuve) en pensant que ce qui ne sera pas consommé avant notre arrivée à Sydney, au nord de la Nouvelle-Écosse, devra être jeté avant de monter à bord du traversier (il faudra fermer nos réservoirs de propane avant d’embarquer et donc, éteindre le frigo) ou placé dans une pas mal petite glacière pendant au moins sept heures. Pourquoi ne pas acquérir une plus grosse glacière? Parce qu’il faudra ensuite trimballer cet objet incongru pendant tout le voyage et qu’on aime disposer d’espaces libres pour ranger les trucs qu’on pourrait trouver au cours de nos explorations.

Lupa. Ça aussi ça demande de la préparation. Ce n’est pas sympathique de laisser un chien à lui-même pendant sept ou huit heures dans un endroit clos (on va naturellement faire fonctionner la ventilation du Mott, mais c’est un habitacle qui demeure tout de même fermé et auquel nous n’aurons pas accès pendant toute la traversée). Malheureusement, ce n’est pas vraiment un choix : si nous voulons l’amener avec nous, il n’y a aucun moyen de la faire voyager en notre compagnie pendant la traversée du Golfe, Covid ou pas Covid : les services maritimes interdisent la présence de chiens sur les ponts. C’est comme si on voyageait en avion, finalement. Et quand on y pense, le Mott est sérieusement plus confortable qu’une cage de transport dans l’espace cargo d’un transcontinental ou l’arrière d’une voiture.

(Expérience faite, Lupa réagit très bien au relaxant et ne devrait pas éprouver d’angoisse durant la traversée. Les effets du sédatif passés, elle retrouve immédiatement son entrain, sa curiosité et sa bonne humeur. Tout va bien.)

On prend les dernières heures pour remplir le placard de vêtements toutes occasions et toutes saisons : la température capricieuse de Terre-Neuve est toujours plus fraîche, surtout que nous voyagerons au nord, près du Labrador. Normalement, des shorts devraient suffire en ce temps-ci de l’année, mais pas pour ces régions. De bons jeans, une veste ou deux et surtout les imperméables, une pièce de vêtement obligatoire si on se fie à notre première expérience.

On est prêt et on décolle en après-midi.

L’art du boondocking

Portage la prairie, mn. – wOLseley, sk (17 juillet 2019)

Y’a des fois, on se stationne en plein milieu de nohouére, dans un truck stop comme ça, sans branchement électrique ou autre, c’est ce qu’on appelle le boondocking. Le Mott est merveilleusement autonome. Notre journée au Musée de l’artillerie royale canadienne nous a donné le goût d’en profiter une fois de plus.

Le musée de l’artillerie est campé sur la base militaire de Shilo. Il s’agit en fait du musée du genre le plus important au Canada, avec ses 65 000 artéfacts, une imposante collection de véhicules et pièces d’artillerie, allant du simple canon à poudre au sophistiqué lance-missile anti-aérien. Visiter un tel musée, empreint de solennité, ne laisse vraiment pas indifférent. C’est comme si l’âme de dizaines de milliers de jeunes soldats morts au front nous imploraient pour que l’humanité tout entière se lie contre le fléau guerrier, remémorant un après l’autre les conflits auxquels les artilleurs canadiens ont pris part depuis la fondation de la milice canadienne en 1855.

Une fois cette visite terminée, nous avons tranquillement repris la route, silencieux pendant une bonne partie du trajet comme pour digérer ce que nous venions de vivre dans ce corridor temporel. Pour deux coeurs sensibles comme les nôtres, il valait mieux refermer paisiblement ce chapitre pour ne pas sombrer dans la tristesse.

C’est comme ça qu’on a abouti à notre pause suivante. Imaginez maintenant les arômes d’un bon poulet au beurre (butter chicken) qui mijote doucement sur notre petite cuisinière, un bon vin rouge sur la table, et Poutine qui dort… Les camions autour disparaissent. Les bruits de la route d’assoupissent. Même les nuages d’orage s’estompent. Toute la fatigue de la route disparaît. 

On a tenté de trouver des richesses gastronomiques locales, mais c’est pas évident. On s’est rendu compte rapidement qu’à moins de consacrer b e a u c o u p de temps à cette quête, on était mieux de puiser dans notre imagination pour nous chatouiller le palais.

Il y a donc trois façons de bien réussir un poulet au beurre oriental dans un Mott : le préparer à partir de rien en suivant une bonne recette (soupir, tentons d’éviter Ricardo), en puisant dans de bonnes épices (beaucoup de garammasala) et en prenant son temps, oubedon en achetant un pot de sauce de butter chicken tout préparé au supermarché local. La troisième méthode que je préfère consiste à faire un peu des deux, et c’est ce qui est le plus amusant dans un petit espace et une micro cuisinette.

Un peu d’oignon finement haché, quelques tranches de piment ou de n’importe quoi qui vous tombe sous la main, beaucoup de harissa! On s’est rendu compte en le cherchant qu’on avait oublié notre pot de garam masala à la maison, sniff. 

Alors, on improvise. Une bonne grosse pincée de cari, deux cuillerées d’harissa en grain, une pincée de cumin, un gros bouquet de coriandre fraîche, sans oublier des hauts de cuisses de poulet. On fait revenir tout ça, on brunit le poulet et finalement, on ajoute la sauce butter chicken – qui en soi n’a pas beaucoup de saveur, mais avec les épices fraîches, miiiiouumm! (on vous détaillera la recette si ça vous tente vraiment). 

Comme ça, parqué en plein milieu d’un grand stationnement de terre, entouré de camions, sur le bord d’une autoroute achalandée, dans la tranquillité de notre petit véhicule (on est vraiment pas gros dans les Prairies), on s’est fait un repas digne des meilleurs restaurants pendant que Poutine regardait dehors.

Pé a pris une bonne douche et on s’est couché pour la nuit. C’est ça l’art du boondocking!

Demain, on entre en Alberta.