La première vague

LA BULLE ATLANTIQUE

Brie – Aye Pé, j’prends deux semaines de vacances!

Pé – Han, quoi?!?

Brie – On va pouvoir faire du camping autour de la maison et s’occuper de notre terrain pis de notre jardin, ça va être chouette.

Pé – Han, quoi, quoi ?! Deux semaines? Euh… Le jardin??

Bref moment de silence et de réflexion…

Pé – Qu’est-ce que tu dirais si on en profitait pour amener le Mott ailleurs… à Terre-Neuve par exemple, ce serait amusant, non? Un p’tit tour dans les pubs de St. John’s, han? On aura bien le temps de s’occuper de la maison en revenant.

Et c’est comme ça qu’on a décroché le téléphone et sorti l’ordinateur pour vérifier d’abord si on peut se rendre sans trop de restrictions dans cette île de l’Atlantique durant cette époque de pandémie et ensuite, pour réserver le traversier.

Tout s’est réglé avec la précision et la magie d’une horloge dans Harry Potter! On décolle dans six jours. On va passer deux semaines là-bas. En partant le jeudi après-midi après la job de Brie, on couche en chemin quelque part dans le sud du Nouveau-Brunswick et on en profite pour visiter un peu. On arrive au traversier de Nord Sydney en Nouvelle-Écosse le vendredi. Ça nous donne tout plein de temps pour voyager les 700 kilomètres qui nous sépare de là et on sera tout bien organisé pour monter à bord du traversier à destination de Terre-Neuve le vendredi soir.

Ensuite, il faut penser à Lupa, notre belle Alsacienne qui va nous accompagner sur « le Rocher »; avertir les voisins, nos amis et réorganiser tout le motorisé – beaucoup trop plein de gugusses inutiles pour nos besoins durant ce périple sur des routes incommodes. Il faut aussi penser au contenu du frigo et de nos garde-mangers, un détail important puisqu’il faudra fermer le gaz durant la traversée maritime de sept heures entre Sydney et Port aux Basques à Terre-Neuve, ce qui veut dire que le frigo ne fonctionnera pas durant tout ce temps-là en pleine chaleur estivale : on va probablement se tourner vers l’ancienne technologie et apporter nos glacières. On le dira à personne.

Deux semaines, ce n’est pas beaucoup, mais en même temps c’est suffisant pour changer d’air, s’amuser et découvrir.

LES PRÉPARATIFS

Avant de penser plus loin, il faut bien budgéter un voyage comme ça, surtout qu’on part à l’improviste. La tournée sera d’au moins 4 000 kilomètres aller-retour, 5 000 peut-être… ça veut dire environ 1 500$ d’essence ($1,35\l, à cette époque). Le traversier coûte 650$ en incluant une cabine puisque nous ferons la traversée de nuit et que, règlements obligent, nous ne pouvons rester dans le motorisé pendant le trajet. Il y aura aussi des frais moindres pour les campings que nous visiterons immanquablement, la bouffe et les restaurants… et quelques souvenirs pour nos amis. Finalement, il faudra inclure un changement d’huile en revenant.

Puis il faut sortir tout le bagage régulier du Mott et revoir ce qu’on va apporter avec nous. Inutile de se surcharger avec du matériel dont on ne se servira pas comme par exemple, quatre chaises longues. Deux seront bien suffisantes lorsque les campings seront utilisés pour se reposer de la route et dormir. Inutile aussi d’apporter nos bûches chimiques pour faire des feux, une tente (que nous conservons toujours, des fois que…), la litière de Poutine (qui va rester au frais à la maison, la douce), une table pliante. Tous ces éléments sont importants pour du camping bourgeois de plusieurs jours, mais deviennent inutiles, encombrants et lourds pour des arrêts repos ou des nuits en zones plus sauvages le long de routes en hoquet. Même les bûches de bois « naturel » que nous transportons souvent pour faire des feux rapides en camping ne sont certainement pas recommandées à Terre-Neuve en raison de la présence toujours possible de bibittes et de parasites – inoffensifs sur la « terre ferme », mais potentiellement très nuisibles dans une région isolée qui ne les connaît pas.

On conserve nos cannes à pêche, des fois qu’on trouverait une baie pour tirer une ligne à la mer.

On prend la fin de semaine pour réévaluer aussi le contenu des garde-mangers du Mott, mettre des conserves fraîches, de p’tits gâteaux Vachon frais :o), acheter de nouvelles friandises et des lunchs pour la route et emmagasiner suffisamment de bouffe pour deux jours de route (entre la maison et le point d’embarquement vers Terre-Neuve) en pensant que ce qui ne sera pas consommé avant notre arrivée à Sydney, au nord de la Nouvelle-Écosse, devra être jeté avant de monter à bord du traversier (il faudra fermer nos réservoirs de propane avant d’embarquer et donc, éteindre le frigo) ou placé dans une pas mal petite glacière pendant au moins sept heures. Pourquoi ne pas acquérir une plus grosse glacière? Parce qu’il faudra ensuite trimballer cet objet incongru pendant tout le voyage et qu’on aime disposer d’espaces libres pour ranger les trucs qu’on pourrait trouver au cours de nos explorations.

Lupa. Ça aussi ça demande de la préparation. Ce n’est pas sympathique de laisser un chien à lui-même pendant sept ou huit heures dans un endroit clos (on va naturellement faire fonctionner la ventilation du Mott, mais c’est un habitacle qui demeure tout de même fermé et auquel nous n’aurons pas accès pendant toute la traversée). Malheureusement, ce n’est pas vraiment un choix : si nous voulons l’amener avec nous, il n’y a aucun moyen de la faire voyager en notre compagnie pendant la traversée du Golfe, Covid ou pas Covid : les services maritimes interdisent la présence de chiens sur les ponts. C’est comme si on voyageait en avion, finalement. Et quand on y pense, le Mott est sérieusement plus confortable qu’une cage de transport dans l’espace cargo d’un transcontinental ou l’arrière d’une voiture.

(Expérience faite, Lupa réagit très bien au relaxant et ne devrait pas éprouver d’angoisse durant la traversée. Les effets du sédatif passés, elle retrouve immédiatement son entrain, sa curiosité et sa bonne humeur. Tout va bien.)

On prend les dernières heures pour remplir le placard de vêtements toutes occasions et toutes saisons : la température capricieuse de Terre-Neuve est toujours plus fraîche, surtout que nous voyagerons au nord, près du Labrador. Normalement, des shorts devraient suffire en ce temps-ci de l’année, mais pas pour ces régions. De bons jeans, une veste ou deux et surtout les imperméables, une pièce de vêtement obligatoire si on se fie à notre première expérience.

On est prêt et on décolle en après-midi.