2024, on va où ?

Il n’y a pas vraiment de façons de dire ça : on veut partir, mais y’a pas moyen d’aller nulle part! Si on pouvait au moins se rendre à Sainte-Barbe…

Tout ce qu’on voudrait, c’est de sortir du stationnement et d’aller ailleurs. N’importe où ailleurs. Assez loin pour que le sentiment de voyage ait le temps de s’installer. Pas trop, parce qu’il faut bien revenir. Mais quand même le grand ailleurs. L’ailleurs qui va nous saisir, qui va nous emporter. L’ailleurs qui va nous faire dire « Ahhhh ! »

Pas besoin de savoir voler, de grimper l’Everest ou de plonger dans la Méditerranée. Notre ailleurs à nous, dans le fond, n’est pas si difficile que ça à atteindre. On pourrait choisir des destinations qui demandent un passeport, des paperasses et un tas de valises. Des plages qui n’ont jamais vu nos pieds. Des routes aux signalisations exotiques. Ben non! Tout ce qu’on veut, c’est un ailleurs qui a du caractère, un peu de grandeur, de la beauté, des gens sympathiques, une bouffe originale si possible, un espace pour dégourdir les pattes de nos bêtes et pour se mettre le derrière dans l’herbe.

On a vraiment cherché! Pendant plusieurs mois, même.

On a pensé retourner dans l’Ouest, quelque part près du Pacifique; pourquoi pas le Yukon aussi. On a même flirté avec l’Alaska. On a regardé les cartes, préparé un itinéraire, un triptik. On savait où trouver toutes les stations d’essence, les sites de vidange, les principales attractions touristiques tout le long du parcours, en passant par le nord du Manitoba, de la Saskatchewan et de l’Alberta. On avait une planification minutieuse de dix-sept mille kilomètres… dont plusieurs milliers traversaient des régions propices aux feux de forêt. (Soupir) Oui, hélas. Vous avez compris. La pluie, la grêle, les routes de gravier, un peu de neige même, pas de problème… mais une forêt en feu qui emprisonne la route, c’est autre chose. Trop téméraire, surtout que les feux se propageaient déjà partout dans les nouvelles deux mois avant nos dates de vacances.

Il a fallu jeter nos brouillons et recommencer vers un autre ailleurs.

On s’est dit que si l’Ouest et le Nord étaient inaccessibles, pourquoi pas aller vers le Sud. Reprise des dessins, des itinéraires et des triptiks, cette fois – au diable nos principes anti-américains – vers la Floride et possiblement la Louisiane. Ces régions regorgent tout de même de lieux uniques et invitants pour nous : les Everglades, les bayous, la vieille Acadie des Cajuns. On se voyait déjà glisser sur les grandes autoroutes américaines en chantant « God is an American » de Jean-Pierre Ferland. On était même prêts, tenez-vous bien, à tatouer un poisson adhésif sur le cul du Mott pour nous donner un air plus righteous dans cette région très conservatrice.

Mais en y regardant bien, on s’est rendu compte que la ligne qui descendait du Nouveau-Brunswick jusqu’au sud des USA traversait ostensiblement une myriade de villes et de capitales toutes aussi bondées de gens énervés les unes que les autres et toutes aussi hostiles à la présence d’un gros escargot comme le nôtre dans leurs artères électriques, surtout que ce type d’environnement contient peu d’espace pour laisser courir un chien et un chat crampés des heures durant dans un habitacle quand même pas mal exigu pour eux. Les shérifs et autres patrouilleurs sur les routes du Sud froncent facilement le sourcil devant les plaques étrangères – avec ou sans poisson catho dans le derrière – surtout si ces plaques sont arrêtées près d’un parc avec un toutou qui a peut-être l’intention incontinente de laisser quelque dépôt douteux sur leur gazon (on ramasse toujours, mais les shérifs ne donnent généralement pas le bénéfice du doute). Sans compter qu’au moment de jeter ces pixels sur l’ordinateur, la politique américaine tendait définitivement vers la xénophobie.

Courte réflexion : on songe à effacer une esquisse de voyage parce que nos bêtes pourraient être inconfortables? Euh, oui! Dah.

On a pris la décision de partir avec Poutine et Lupa et advienne que pourra, on l’assume! Il n’y a rien de négatif là-dedans : nos animaux sont nos compagnes de vie et de voyage. Toutes les deux font partie de notre quotidien à la maison et sur la route, avec chacune leurs idiosyncrasies et leur personnalité. Voyagerait-on différemment sans notre chienne et notre chatte? Oui, sans doute. Ce ne serait pas le même voyage. Ça nous arrive parfois de partir sans elles, pour de courtes durées ou pour des raisons de logistique. Quand ça arrive, on s’inquiète et on a l’impression constante d’avoir laissé quelque chose d’important derrière nous. On est bizarres? Non. Elles font partie de nos vies et c’est tout. Elles nous divertissent et nous amusent. Elles nous compliquent souvent la vie, mais en échange, elles nous font éclater de rire toutes les cinq minutes et se font un devoir de nous sortir de la routine. Il ne serait pas question de partir sans elles, alors voilà, le voyage sera aussi tracé en fonction de leur bien-être. Voilà pour la réflexion.

On efface donc encore et on recommence, un peu en panne d’imagination. Aie, on a même frayé avec l’idée d’aller visiter les Cantons de l’Est! Tout le monde nous regardait comme si on venait de sortir du pot de margarine.

Avez-vous idée du tas de papier qu’il y a maintenant dans notre poubelle virtuelle? Presqu’autant que le niveau de désespoir dans notre éprouvette émotive.

Les vacances de Brie débutent bientôt. Il faut se grouiller si on veut avoir le temps de se préparer pour aller voir cet « ailleurs ».

Il y a quelques années, on s’était dit qu’une des dernières régions de la carte canadienne qui nous était encore inconnue se trouvait finalement relativement près de chez nous : la Basse-Côte-Nord, le long du golfe du Saint-Laurent. On a vu pire ailleurs. Pas trop loin, assez cependant pour nous dépayser tant physiquement que culturellement et surtout mentalement. Bien entendu, c’est moins excitant que le Yukon, le Klondike, ou la Louisiane, mais c’est un bel ailleurs quand on y regarde de près.

Pour nous, cette région est un mystère, les grands barrages électriques, le village d’un grand poète, des milliers de kilomètres de forêts, des zones côtières encore inhabitées. Beaucoup de routes difficiles peut-être aussi. Il ne faut pas oublier que notre Mott est un Beauchemin (« My name is Beauchemin, Mott Beauchemin », pour parodier Ian Flemming). La famille Beauchemin est un peu tatillonne quand vient le temps de parler confort. Les Beauchemin aiment ce qui ne brasse pas trop, les armoires qui ne font pas trop de bruit et les assiettes qui restent en place. Une belle et bonne famille, mais délicate.

Un autre détail, c’est que cette région n’a vraiment qu’une seule route, pas nécessairement toute lisse-lisse, et elle mène au Labrador où tout s’arrête. Si on est du genre à ne pas aimer rebrousser chemin, il n’y a qu’une seule avenue possible : se rendre au bout, à Blanc-Sablon, et prendre le traversier qui se rend à… Sainte-Barbe, Terre-Neuve!

Terre-Neuve, notre lieu de prédilection. On aime Terre-Neuve. On a beau l’avoir visité plusieurs fois, il y a toujours quelques bourgs à explorer. En tout cas, il n’y a rien de désagréable à inscrire Terre-Neuve dans notre carnet de voyage.

Alors donc finalement, notre projet prend forme.

On va monter le long de la Côte-Nord jusqu’à la route du Labrador et on va continuer vers Terre-Neuve qu’on traversera du nord au Sud, en zigzagant vers l’est si le temps nous le permet, question de découvrir des sites que nous n’avons pas encore visités. Ils sont quand même rares.

Pas mal, non? Nous aurons un mois et quelques jours pour réaliser ce voyage-là. En théorie, c’est plus qu’il nous en faut, nous laissant ainsi le temps de flâner où bon nous semblera, au rythme des paysages, des repas et des gens que nous rencontrerons.

Il ne nous reste que quelques semaines pour nous préparer. Il y a beaucoup à faire, compte tenu de la logistique liée à l’utilisation d’un véhicule récréatif de plusieurs tonnes sur des routes construites pratiquement pour les véhicules tout terrain… Bon, quand même pas tant que ça, mais il faut quand même déployer un peu d’audace. Et il y a beaucoup de chemin à parcourir dans des régions pratiquement inhabitées (pour ne pas dire sauvages).

On se met en mode logistique.

Premièrement, savez-vous que changer un pneu de VR de la taille du Mott n’est pas à la portée de tous les quidams? En tout cas, pas les profanes que nous sommes et pas dans une région comme celle-là. Il faut un équipement lourd et le CAA n’est pas à portée de téléphone. On a donc prévu apporter une bouteille d’air comprimé de type plongée sous-marine, ce qui pourra nous être utile pour un regonflage temporaire. Une bouteille d’air ne règle certainement pas la situation et ça ne pourrait rien faire pour un pneu éclaté, mais c’est mieux que rien du tout.

Deuxièmement, parlant de téléphone, il fait savoir que les trous de la couverture cellulaire sont proportionnels aux facteurs d’éloignement et d’isolation des lieux que nous allons visiter au Labrador. Les iPhone seront inutiles dans de nombreuses zones isolées et accidentées. Pourtant, pas besoin de paniquer. Imaginez-vous que le gouvernement local a prévu le coup et offre aux voyageurs la possibilité d’emprunter un téléphone satellite entre le début et la fin du segment le moins développé de la région, une zone de deux cents kilomètres de gravier. On va le chercher au début de la route et on le remet deux cents kilomètres plus loin, en disant un gros gros merci. En plus, c’est gratuit, ce qui nous laisse un peu perplexes : même le gouvernement semble reconnaître que ce segment de route est potentiellement suffisamment dangereux pour prendre la peine de prêter gratuitement des téléphones satellites à ceux qui doivent y circuler. Hum… Faudrait-il prendre des notes?

On est bien déterminés à visiter toute cette région et nous ne sommes certainement pas le premier motorisé à faire ce trajet-là. On va donc de l’avant en nous disant qu’en faisant preuve de prudence et en limitant notre vitesse, nous devrions à la fois protéger les pneus et la carrosserie contre les cailloux et les roches pointues. De toute évidence, on s’en reparlera. Au pire, on rebrousse chemin et on s’amuse sur la Basse-Côte-Nord; si tout va bien, on aura acquis une belle expérience et on continuera vers notre destination.

Troisièmement, dans le Nord et au Labrador particulièrement, il n’y a pas tant de stations-service que ça, et pas tant d’endroits pour faire le plein d’eau potable. On prendra les services qu’on trouvera sans faire de chichi et on fera le plein toutes les fois qu’on verra une pompe. On a tout de même à peu près cinq cents ou six cents kilomètres d’autonomie d’essence.

L’eau potable représente aussi un défi. Notre réservoir d’eau de cinquante gallons nous donne à peu près trois jours d’autonomie si on ne fait pas trop attention et probablement quatre ou cinq si on se met en mode économie. Au pire, on ne va pas sentir bon, mais on ne peut pas croire qu’en quatre jours, on ne pourra pas trouver une source fiable d’eau potable. Encore là, on ne traverse pas le Sahara.

Quatrièmement, il y a des bibittes de toutes les grosseurs et de toutes les formes dans ces régions-là, dont plusieurs avec des dents. Il faut donc prévoir des moyens de prévention et de dissuasion comme des clochettes, des sifflets et du poivre de cayenne. Que cela ne nous fasse pas oublier les bibittes plus petites et beaucoup beaucoup plus nombreuses… On a prévu des vestes antimoustiques pour celles-là – qui couvrent une grande partie du corps – ainsi qu’un nombre ridicule de canettes pour vaporiser tout le monde, Poutine et Lupa y compris.

Cinquièmement, comme on ne prévoit pas trouver de supermarchés tous les coins de rue, on va apporter une glacière qu’on utilisera lorsqu’il n’y aura plus de place dans le frigo pour nos provisions. On a vérifié que la génératrice tourne bien pour faire fonctionner notre appareil Nespresso le matin, ce qui assure nos déjeuners (on n’a pas laissé le luxe à la maison). Il reste encore une trentaine de lunchs et de soupers à prévoir. On va pêcher, c’est certain – d’ailleurs on apporte nos cannes à pêche – mais des fois qu’on ne prendrait rien, il faut prévoir remplir notre congélateur et nos réfrigérateurs avec d’autres denrées. On ne va quand même pas croire qu’on est assez adroits pour assurer notre subsistance avec la pêche. Téméraires un peu, mais pas nonos.

Parlant de bouffe, comme une bonne partie du voyage se déroule au Québec, royaume autoproclamé de la gastronomie, on s’attend à trouver des endroits riches en mets locaux et spéciaux. On pense oursins, fruits de mer, viande sauvage, mets fins asticotés localement. C’est ce qu’on espère trouver de temps à autre. On ne s’en va quand même pas dans la savane australienne. On est encore en pleine civilisation, fut-elle un peu éloignée des « grands centres ».

C’est pour ça qu’on a un Mott et c’est pour ça qu’on va s’aventurer dans cette région-là. On veut découvrir. On va être curieux et on va vouloir explorer, rechercher la pierre qui brille loin des projecteurs. On sait qu’on va trouver. C’est pour ça qu’on y va.

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PS : Imaginez-vous donc qu’on parle encore de feux de forêt qui risquent de nous barrer la route, cette fois en Basse-Côte-Nord et au Labrador. Franchement!

Photo de Pixabay sur Pexels.com

On pense vraiment qu’il y a quelqu’un quelque part qui cherche à nous embêter. Oui, on prend ça « personnel ». Mais au diable les désastres naturels, on a décidé qu’on y allait et on y va! On pourra toujours revenir sur nos pas si on se fait bloquer et si on parvient à passer, en plus d’une expérience inoubliable, on pourra se rendre au bout de la route à Blanc Sablon, prendre le traversier et filer vers Terre-Neuve… où, nous tenons à le dire, il n’y a présentement pas de feux de forêt!

Scènes de famille

Ce n’est pas la première fois que nous nous plongeons dans l’univers de Louisbourg Pé et moi, en solitaire comme en couple, mais cette fois-ci nous nous apprêtions à faire une découverte désarmante… Nous vous en parlerons tantôt. Pour le moment, je laisse Pé présenter ce lieu, grandiose et épique à la fois.

FORTERESSE DÉSERTÉE

La forteresse de Louisbourg, c’est un drôle de phénomène. Pour bien la comprendre, il faut la comparer, disons, au Village acadien. Pourquoi pas. Dans le fond, les deux endroits sont des reconstitutions de ce qui était une réalité il y a près de quatre siècles.

Dans un cas, celui du Village, on a reconstruit les maisons et les fermes, les forges et les scieries; on a recréé les intérieurs et mis du bois et du feu dans les grands foyers domestiques et on a embauché des gens de la place qu’on a déguisés en gens d’époque pour redonner cette atmosphère de vie d’antan, avec ses chandelles, ses fourches, ses petites chambres au plafond bas et le récit des grandes familles qui s’entassaient dans quelques mètres bien trop carrés. Ce village n’a jamais existé comme tel, mais il reprend fidèlement les parcelles architecturales et sociales d’une époque lointaine et parvient avec succès à transporter la saveur et les odeurs qui se seraient autrement perdues dans le temps.

Dans l’autre cas, c’est une véritable forteresse que les touristes aperçoivent dès leur arrivée sur la péninsule qui retient Louisbourg, la même forteresse que les forces anglaises ont envahie en 1745, au même endroit. De la route d’accès à bord de son Winnibago, le touriste peut déjà voir l’importance stratégique du lieu, l’imposante édification de pierres colossales face à la mer, ses grandes murailles et les échancrures de ses canonnières; ses faiblesses militaires aussi, avec des collines verdoyantes qui surplombent le flanc arrière des fortifications et à partir desquelles des fantassins embusqués pouvaient facilement observer les activités du fort.

Avec un peu d’imagination, on peut voir la flotte anglaise ancrée au large devant les bouches béantes des canons. Tout ce drame s’est déroulé là, ici, et pas ailleurs. Les murs ont été reconstruits fidèlement à partir de ruines encore visibles, sous la supervision d’archéologues, d’historiens, d’ingénieurs et d’architectes spécialisés en reconstitution historique. Tout a été réalisé pour donner l’impression au visiteur moderne qu’il va entrer dans la forteresse de Louisbourg au dix-huitième siècle et qu’une guerre peut éclater à tout moment.

On se sent bien dans le Village acadien : malgré le poids de l’histoire, ça sent bon le bois qui brûle et le pain qui cuit dans l’âtre de plusieurs maisons. On a froid dans le dos quand on frôle les murailles de Louisbourg, qu’on pousse le nez dans ses meurtrières. Il y a, bien entendu, les gens du coin qu’encore ici on a déguisé en soldats ou en habitants du dix-huitième siècle pour reconstituer la vie quotidienne à l’intérieur des grandes murailles. On a même une taverne et on peut entrer dans les maisons de l’époque, puisque la forteresse servait également de port de pêche à la colonie, adoucissant ainsi, pour le visiteur moderne, le caractère martial du site. Mais l’endroit demeure un lieu franchement sinistre.

Louisbourg, c’est le drame et le symbole d’une culture, d’une civilisation qui a perdu la bataille. De la lutte interminable entre l’Angleterre et la France pour s’arracher à l’un et à l’autre les richesses de ce nouveau monde et pour protéger Québec!

Point à la ligne!

Rangeons les manuels d’histoire et poursuivons.

La première vague de la pandémie n’a pas été aussi rude que la seconde, mais elle a quand même vite frappé le tourisme. Dans l’incertitude face aux restrictions qui venaient et ne venaient plus, le touriste moyen est resté chez lui par crainte de ne pas pouvoir revenir sans se voir imposer une quarantaine ou pire, d’y laisser ses poumons et sa peau. Faute d’inoculation, personne ne voulait se retrouver en groupe, surtout pas en groupe dans des espaces confinés. Dans les rues relativement étroites de Louisbourg, par exemple.

Le problème pour les gestionnaires touristiques du lieu historique, c’est que la majeure partie de sa clientèle est américaine. Or, pandémie oblige, le Canada a fermé ses frontières et plus rien de passe. Les visites de la bulle Atlantique ne suffisent pas à alimenter l’imposante architecture d’accueil qui a été mise en place sur ce site de grande envergure. Les rues et ruelles de la ville reconstituée ont l’air désertes et les maisons historiques, les restaurants et les murailles sont vides.

Qu’à cela ne tienne, on a stationné le Mott à l’arrière du site, aux abords du village, et nous avons pris d’assaut chacune des habitations et des échoppes les unes après les autres en prenant le temps de nous imprégner des histoires contées et des odeurs de l’époque.

Notre découverte désarmante, nous l’avons fait en visitant les baraques de la garnison. En effet, en lisant l’histoire du siège de Louisbourg, qui ornait les murs, quelle ne fut pas notre surprise de lire le nom de William Ross, un caporal du 78e régiment des Fraser Highlanders, qui se trouvait dans la flotte anglaise lors de la deuxième prise de Louisbourg en 1758, le même qui a participé quelques mois plus tard à la bataille des Plaines d’Abraham sous les ordres du général James Wolfe. Intriguée, Brie a rapidement pris son cellulaire pour confirmer ce qu’elle intuitionnait… ce William Ross était dans les faits son ancêtre maternel, qui a francisé son prénom lorsqu’il a pris épouse à Montmagny en 1764.

Il n’en fallait pas plus pour que l’imagination débordante des Lenou réécrive l’histoire de la prise de Québec, où l’ancêtre maternel Guillaume Ross a croisé le fer avec l’ancêtre paternel de Brie, Pierre Aucouturier. Et devinez qui a gagné?

Feu à volonté! On ne peut pas réécrire toute l’histoire, hé.

À plus tard.

Ils sont fous ces promoteurs miniers…

Segment opasatika / thunder bay (14 juillet 2019)

Quand on roule dans le nord de l’Ontario, on peuts’attendre à rencontrer à peu près n’importe quoi ! On n’a pas vu beaucoup de faune, sauf un nounours bien gras qui a traversé la route en courant quand il nous a vus, mais les paysages, les forêts, les lacs et les architectures locales valent bien le détour. C’est comme ça qu’au milieu de nohouére on a vu apparaître une structure qui a attiré notre attention sur sa petite butte.

Centre d’interprétation de Geraldton. Avouez que cela attire le regard…

Petite parenthèse, parlant d’attirer l’attention, nous avons déjà mentionné à plusieurs d’entre vous notre crainte que Poutine attire les regards des badauds de la côte Ouest en se plantant directement dans le pare-brise ou dans la fenêtre de la dinette, comme elle sait si bien le faire.

Et ce faisant, elle risquerait de nous mettre dans l’embarras face aux ardents défenseurs qui se liguent contre la cruauté envers les animaux.

Eh bien nous nous inquiétions pour rien ! Poutine nous a montré son petit côté timide et se cache aussitôt qu’elle nous voit nous éloigner du Mott… Et où se cache-t-elle, demandez-vous? Essayez de deviner?

Fermez la parenthèse…

Le Centre d’interprétation de Geraldton parle de la vie de cette région isolée et de ses autochtones…

… de la géologie et de l’histoire de la création et de l’exploitation des mines de la région…

… et des pompiers spécialisés dans la lutte aux feux de forêt.

ll est hébergé dans une architecture assez originale pour attirer l’attention de loin sur la route. Comme on est des touristes pas mal typiques, on arrête là où les gens ont eu suffisemment de talent pour attiter notre attention… et la compétition pour le dollar touristique est forte.

Ce musée a tout pour être fier : de beaux artéfacts, des informations détaillées et des présentoirs intelligents même s’ils ne brillent pas de richesse… pour une bâtisse assise sur une mine d’or. Sans compter que la visite est gratuite…

Bon, c’est le moment éditorial de notre journée! Il nous semble à nous, pauvres voyageurs, que les quelques structures d’accueil et d’information sur le bord de la route qui se tiennent bien, qui sont propres et bien faites, qui ont nécessité quand même un certain investissement et qui sont intéressantes pour les touristes que nous sommes, devraient être protégées un peu, hé? On protège des roches, le Rocher Percé par exemple !

Meuh non! Vous avez lu que le musée se trouvait sur une petite butte? Que la bâtisse est assise sur une mine d’or? C’est vrai. Mais tout autour de cette région est une mine. Il y en a partout, à gauche, à droite, en avant et pas mal en arrière aussi. Alors, c’est pas comme si cette petite butte-là allait changer la richesse de la compagnie qui en est propriétaire,non (et oui, qui a fait construire le musée…) ?

Alors donc, tata les belles photos, les beaux présentoirs éducatifs, le centre d’information touristique. L’an prochain, au grand dam de tous ceux qui étaient avec nous durant la visite, l’édifice va être démoli pour laisser la place à une autre mine! On gages-tu que personne dans le coin va bénéficier d’un nouveau trou dans le sol?

Amen.

Après toutes ces émotions, nous avons poursuivi notre route par-delà le lac Nipigon jusqu’à Thunder Bay.

Rendus à Thunder Bay, nous avons fait quelques emplettes puis nous avons déniché un bel emplacement au terrain de camping municipal de l’endroit, sur le bord une crique bien tranquille, où nous avons décidé de passer la nuit…

Poutine a rien vu de ça

22 juin 2019

NDLR Ne vous inquiétez pas… Bien qu’invisible, Brie nous a accompagnés tout au long de notre randonnée dans le temps… occupée fidèlement qu’elle était à graver nos souvenirs dans les pixels de la photographie numérique).

On a commencé à marcher en 1770. Quand on a enfin décidé de retourner dans le motorisé, plus de 8000 pas plus tard… on était rendus en 1949. 
J’étais mort! (C’est Pé qui parle…)

Visiter le Village Acadien de Caraquet, ce n’est pas tout à fait Compostelle, mais ça demande d’aussi bonnes jambes.  D’après moi (toujours selon Pé) en tout cas. Vous comprenez bien qu’on n’avait pas amené Poutine!

La carte du Village.

Le Village Acadien est unique pour une tonne de bonnes raisons. Comme on n’y était pas allés depuis l’an passé, on a décidé de profiter de la visite de nos cousins Pierre de Lise de Québec pour leur faire essayer le VR et profiter du soleil dans la Péninsule acadienne.

Les origines du village dans la région de Caraquet remontent à 1965. Dans un élan de revitalisation économique et socioculturelle, la Chambre de commerce de Caraquet avait lancé l’idée (déjà bien populaire dans les cercles acadiens de l’époque) de créer un village historique acadien qui présenterait des maisons telles que celles de Port-Royal et de Grand-Pré au 18e siècle.

En 1972, on consacre trois cent mille dollars pour entreprendre les travaux et on embauche un conservateur dont les tâches seront entièrement consacrées à la reconstitution historique de l’architecture et de l’ameublement du village. Pas délicat comme job!

Des milliers de personnes visitent ce village tous les ans et il faut dire que c’est une aventure totalement unique, avec une quarantaine de bâtiments, huit mille pièces de collection et surtout, une centaine de gens de la place transformés en acteurs-interprètes, hôtes et conteurs de l’histoire acadienne, dans leurs habits de l’époque, avec les accents, les odeurs et les décors qui vous font passer de l’asphalte à la terre battue en moins de temps qu’il n’en faut pour traire une vache.

Parce qu’il faut dire que la vie du village se déroule comme au dix-huitième siècle, avec les cultures, la ferme et la cuisine de l’époque. 

On cultive même le lin pour confectionner des vêtements. Faut le faire.

Dans chacune de ces maisons construites bois sur bois, ça sent tellement bon la chaudrée, le chaume, le fricot, le bouilli et le feu de cheminée qu’on a envie de s’asseoir et d’écouter passer le temps.

C’est comme ça qu’on s’est fait raconter par le menuisier de la maison Cormier que les barils du tonnelier d’à côté – la Maison Thomas – n’étaient pas imperméables, ce que le forgeron de la forge Léger nous a confirmé.

Paraît qu’c’est à cause qu’on a perdu un peu des méthodes d’antan, malgré toute la bonne volonté du monde. On pouvait faire n’importe quoi avec rien dans le temps alors que maintenant, comme on dit dans le village, on ne fait plus rien avec tout ce qu’on a!

On a aussi beaucoup écouté la petite dame de la ferme Babineau qui occupe ces murs depuis plus de 20 ans, tous les étés, et qui pourrait vous raconter le craquement de toutes les planches de la maison comme si elle les avait fait chanter elle-même.

Dans une autre maison, j’ai oublié laquelle tellement on était affamés (Brie vient de me chuchoter à l’oreille que c’était à la maison Blackhall), on a même eu droit, grâce à la générosité de l’hôtesse, au reste du potage du midi et à quelques pettes de sœur.

Han?! Vous ne connaissez pas les pettes de sœur acadiens? Pas les pettes de n’importe comment. Ceux qui sont faits selon la tradition de l’époque, cuits sur la braise dans l’âtre de la cheminée au milieu de la cuisine, avec des cendres sur le couvercle de la marmite, pour bien colorer. Ça dégoutte de sucre brun importé (ça ne se donnait pas en 1820 en Acadie) et ça en met plein les narines tellement ça sent la douceur. 
Encore tout embrumés de ce délice, nous nous sommes rendus, les pieds presque reposés, jusqu’au vingtième siècle, plus précisément devant l’hôtel Château Albert 

Passage du 19e au 20e siècle

Le cousin Pierre et moi on a naturellement fait toutes les farces qu’il fallait faire sur les soirées que les murs des chambres de cette vénérable maison ont probablement connues… et ensuite, rendons à César…, on s’est concentré sur les décors de 1907, tellement bien reconstitués que ça donnait le goût d’y passer la nuit.

Sans vouloir faire de la promotion touristique – il est un peu tard pour ça, me direz-vous – on peut se payer une nuit début vingtième pour une petite centaine de dollars. Déjeuner inclus.

Bon.


On pourrait continuer encore un bout de temps comme ça, mais je vous entends : ce blogue-là ne devait-il pas raconter les aventures transcanadiennes de Pierre et Brigitte en motorisé? Oui, sauf que, faut bien se reposer de temps en temps. Et quand nos aventures nous amènent à découvrir des endroits amusants, faut bien vous raconter, non?

Surtout qu’on s’est fait un beau piquenique dans le parking du village, en tirant une table à l’ombre du VR et en puisant dans les réserves de notre frigo : petits pains fourrés au homard – des guédilles – et bière bien froide. On s’est reposé encore un peu et on est reparti pour la maison.

En tout cas, il reste deux semaines et quelques jours avant le grand départ. On va faire le changement d’huile du Mott (on a pu remonter sa généalogie… il s’appelle Mott Beauchemin) cette semaine et on fait les dernières vérifications de matériel et d’équipement. Sentez-vous qu’on a hâte? En titi.