2024, on va où ?

Il n’y a pas vraiment de façons de dire ça : on veut partir, mais y’a pas moyen d’aller nulle part! Si on pouvait au moins se rendre à Sainte-Barbe…

Tout ce qu’on voudrait, c’est de sortir du stationnement et d’aller ailleurs. N’importe où ailleurs. Assez loin pour que le sentiment de voyage ait le temps de s’installer. Pas trop, parce qu’il faut bien revenir. Mais quand même le grand ailleurs. L’ailleurs qui va nous saisir, qui va nous emporter. L’ailleurs qui va nous faire dire « Ahhhh ! »

Pas besoin de savoir voler, de grimper l’Everest ou de plonger dans la Méditerranée. Notre ailleurs à nous, dans le fond, n’est pas si difficile que ça à atteindre. On pourrait choisir des destinations qui demandent un passeport, des paperasses et un tas de valises. Des plages qui n’ont jamais vu nos pieds. Des routes aux signalisations exotiques. Ben non! Tout ce qu’on veut, c’est un ailleurs qui a du caractère, un peu de grandeur, de la beauté, des gens sympathiques, une bouffe originale si possible, un espace pour dégourdir les pattes de nos bêtes et pour se mettre le derrière dans l’herbe.

On a vraiment cherché! Pendant plusieurs mois, même.

On a pensé retourner dans l’Ouest, quelque part près du Pacifique; pourquoi pas le Yukon aussi. On a même flirté avec l’Alaska. On a regardé les cartes, préparé un itinéraire, un triptik. On savait où trouver toutes les stations d’essence, les sites de vidange, les principales attractions touristiques tout le long du parcours, en passant par le nord du Manitoba, de la Saskatchewan et de l’Alberta. On avait une planification minutieuse de dix-sept mille kilomètres… dont plusieurs milliers traversaient des régions propices aux feux de forêt. (Soupir) Oui, hélas. Vous avez compris. La pluie, la grêle, les routes de gravier, un peu de neige même, pas de problème… mais une forêt en feu qui emprisonne la route, c’est autre chose. Trop téméraire, surtout que les feux se propageaient déjà partout dans les nouvelles deux mois avant nos dates de vacances.

Il a fallu jeter nos brouillons et recommencer vers un autre ailleurs.

On s’est dit que si l’Ouest et le Nord étaient inaccessibles, pourquoi pas aller vers le Sud. Reprise des dessins, des itinéraires et des triptiks, cette fois – au diable nos principes anti-américains – vers la Floride et possiblement la Louisiane. Ces régions regorgent tout de même de lieux uniques et invitants pour nous : les Everglades, les bayous, la vieille Acadie des Cajuns. On se voyait déjà glisser sur les grandes autoroutes américaines en chantant « God is an American » de Jean-Pierre Ferland. On était même prêts, tenez-vous bien, à tatouer un poisson adhésif sur le cul du Mott pour nous donner un air plus righteous dans cette région très conservatrice.

Mais en y regardant bien, on s’est rendu compte que la ligne qui descendait du Nouveau-Brunswick jusqu’au sud des USA traversait ostensiblement une myriade de villes et de capitales toutes aussi bondées de gens énervés les unes que les autres et toutes aussi hostiles à la présence d’un gros escargot comme le nôtre dans leurs artères électriques, surtout que ce type d’environnement contient peu d’espace pour laisser courir un chien et un chat crampés des heures durant dans un habitacle quand même pas mal exigu pour eux. Les shérifs et autres patrouilleurs sur les routes du Sud froncent facilement le sourcil devant les plaques étrangères – avec ou sans poisson catho dans le derrière – surtout si ces plaques sont arrêtées près d’un parc avec un toutou qui a peut-être l’intention incontinente de laisser quelque dépôt douteux sur leur gazon (on ramasse toujours, mais les shérifs ne donnent généralement pas le bénéfice du doute). Sans compter qu’au moment de jeter ces pixels sur l’ordinateur, la politique américaine tendait définitivement vers la xénophobie.

Courte réflexion : on songe à effacer une esquisse de voyage parce que nos bêtes pourraient être inconfortables? Euh, oui! Dah.

On a pris la décision de partir avec Poutine et Lupa et advienne que pourra, on l’assume! Il n’y a rien de négatif là-dedans : nos animaux sont nos compagnes de vie et de voyage. Toutes les deux font partie de notre quotidien à la maison et sur la route, avec chacune leurs idiosyncrasies et leur personnalité. Voyagerait-on différemment sans notre chienne et notre chatte? Oui, sans doute. Ce ne serait pas le même voyage. Ça nous arrive parfois de partir sans elles, pour de courtes durées ou pour des raisons de logistique. Quand ça arrive, on s’inquiète et on a l’impression constante d’avoir laissé quelque chose d’important derrière nous. On est bizarres? Non. Elles font partie de nos vies et c’est tout. Elles nous divertissent et nous amusent. Elles nous compliquent souvent la vie, mais en échange, elles nous font éclater de rire toutes les cinq minutes et se font un devoir de nous sortir de la routine. Il ne serait pas question de partir sans elles, alors voilà, le voyage sera aussi tracé en fonction de leur bien-être. Voilà pour la réflexion.

On efface donc encore et on recommence, un peu en panne d’imagination. Aie, on a même frayé avec l’idée d’aller visiter les Cantons de l’Est! Tout le monde nous regardait comme si on venait de sortir du pot de margarine.

Avez-vous idée du tas de papier qu’il y a maintenant dans notre poubelle virtuelle? Presqu’autant que le niveau de désespoir dans notre éprouvette émotive.

Les vacances de Brie débutent bientôt. Il faut se grouiller si on veut avoir le temps de se préparer pour aller voir cet « ailleurs ».

Il y a quelques années, on s’était dit qu’une des dernières régions de la carte canadienne qui nous était encore inconnue se trouvait finalement relativement près de chez nous : la Basse-Côte-Nord, le long du golfe du Saint-Laurent. On a vu pire ailleurs. Pas trop loin, assez cependant pour nous dépayser tant physiquement que culturellement et surtout mentalement. Bien entendu, c’est moins excitant que le Yukon, le Klondike, ou la Louisiane, mais c’est un bel ailleurs quand on y regarde de près.

Pour nous, cette région est un mystère, les grands barrages électriques, le village d’un grand poète, des milliers de kilomètres de forêts, des zones côtières encore inhabitées. Beaucoup de routes difficiles peut-être aussi. Il ne faut pas oublier que notre Mott est un Beauchemin (« My name is Beauchemin, Mott Beauchemin », pour parodier Ian Flemming). La famille Beauchemin est un peu tatillonne quand vient le temps de parler confort. Les Beauchemin aiment ce qui ne brasse pas trop, les armoires qui ne font pas trop de bruit et les assiettes qui restent en place. Une belle et bonne famille, mais délicate.

Un autre détail, c’est que cette région n’a vraiment qu’une seule route, pas nécessairement toute lisse-lisse, et elle mène au Labrador où tout s’arrête. Si on est du genre à ne pas aimer rebrousser chemin, il n’y a qu’une seule avenue possible : se rendre au bout, à Blanc-Sablon, et prendre le traversier qui se rend à… Sainte-Barbe, Terre-Neuve!

Terre-Neuve, notre lieu de prédilection. On aime Terre-Neuve. On a beau l’avoir visité plusieurs fois, il y a toujours quelques bourgs à explorer. En tout cas, il n’y a rien de désagréable à inscrire Terre-Neuve dans notre carnet de voyage.

Alors donc finalement, notre projet prend forme.

On va monter le long de la Côte-Nord jusqu’à la route du Labrador et on va continuer vers Terre-Neuve qu’on traversera du nord au Sud, en zigzagant vers l’est si le temps nous le permet, question de découvrir des sites que nous n’avons pas encore visités. Ils sont quand même rares.

Pas mal, non? Nous aurons un mois et quelques jours pour réaliser ce voyage-là. En théorie, c’est plus qu’il nous en faut, nous laissant ainsi le temps de flâner où bon nous semblera, au rythme des paysages, des repas et des gens que nous rencontrerons.

Il ne nous reste que quelques semaines pour nous préparer. Il y a beaucoup à faire, compte tenu de la logistique liée à l’utilisation d’un véhicule récréatif de plusieurs tonnes sur des routes construites pratiquement pour les véhicules tout terrain… Bon, quand même pas tant que ça, mais il faut quand même déployer un peu d’audace. Et il y a beaucoup de chemin à parcourir dans des régions pratiquement inhabitées (pour ne pas dire sauvages).

On se met en mode logistique.

Premièrement, savez-vous que changer un pneu de VR de la taille du Mott n’est pas à la portée de tous les quidams? En tout cas, pas les profanes que nous sommes et pas dans une région comme celle-là. Il faut un équipement lourd et le CAA n’est pas à portée de téléphone. On a donc prévu apporter une bouteille d’air comprimé de type plongée sous-marine, ce qui pourra nous être utile pour un regonflage temporaire. Une bouteille d’air ne règle certainement pas la situation et ça ne pourrait rien faire pour un pneu éclaté, mais c’est mieux que rien du tout.

Deuxièmement, parlant de téléphone, il fait savoir que les trous de la couverture cellulaire sont proportionnels aux facteurs d’éloignement et d’isolation des lieux que nous allons visiter au Labrador. Les iPhone seront inutiles dans de nombreuses zones isolées et accidentées. Pourtant, pas besoin de paniquer. Imaginez-vous que le gouvernement local a prévu le coup et offre aux voyageurs la possibilité d’emprunter un téléphone satellite entre le début et la fin du segment le moins développé de la région, une zone de deux cents kilomètres de gravier. On va le chercher au début de la route et on le remet deux cents kilomètres plus loin, en disant un gros gros merci. En plus, c’est gratuit, ce qui nous laisse un peu perplexes : même le gouvernement semble reconnaître que ce segment de route est potentiellement suffisamment dangereux pour prendre la peine de prêter gratuitement des téléphones satellites à ceux qui doivent y circuler. Hum… Faudrait-il prendre des notes?

On est bien déterminés à visiter toute cette région et nous ne sommes certainement pas le premier motorisé à faire ce trajet-là. On va donc de l’avant en nous disant qu’en faisant preuve de prudence et en limitant notre vitesse, nous devrions à la fois protéger les pneus et la carrosserie contre les cailloux et les roches pointues. De toute évidence, on s’en reparlera. Au pire, on rebrousse chemin et on s’amuse sur la Basse-Côte-Nord; si tout va bien, on aura acquis une belle expérience et on continuera vers notre destination.

Troisièmement, dans le Nord et au Labrador particulièrement, il n’y a pas tant de stations-service que ça, et pas tant d’endroits pour faire le plein d’eau potable. On prendra les services qu’on trouvera sans faire de chichi et on fera le plein toutes les fois qu’on verra une pompe. On a tout de même à peu près cinq cents ou six cents kilomètres d’autonomie d’essence.

L’eau potable représente aussi un défi. Notre réservoir d’eau de cinquante gallons nous donne à peu près trois jours d’autonomie si on ne fait pas trop attention et probablement quatre ou cinq si on se met en mode économie. Au pire, on ne va pas sentir bon, mais on ne peut pas croire qu’en quatre jours, on ne pourra pas trouver une source fiable d’eau potable. Encore là, on ne traverse pas le Sahara.

Quatrièmement, il y a des bibittes de toutes les grosseurs et de toutes les formes dans ces régions-là, dont plusieurs avec des dents. Il faut donc prévoir des moyens de prévention et de dissuasion comme des clochettes, des sifflets et du poivre de cayenne. Que cela ne nous fasse pas oublier les bibittes plus petites et beaucoup beaucoup plus nombreuses… On a prévu des vestes antimoustiques pour celles-là – qui couvrent une grande partie du corps – ainsi qu’un nombre ridicule de canettes pour vaporiser tout le monde, Poutine et Lupa y compris.

Cinquièmement, comme on ne prévoit pas trouver de supermarchés tous les coins de rue, on va apporter une glacière qu’on utilisera lorsqu’il n’y aura plus de place dans le frigo pour nos provisions. On a vérifié que la génératrice tourne bien pour faire fonctionner notre appareil Nespresso le matin, ce qui assure nos déjeuners (on n’a pas laissé le luxe à la maison). Il reste encore une trentaine de lunchs et de soupers à prévoir. On va pêcher, c’est certain – d’ailleurs on apporte nos cannes à pêche – mais des fois qu’on ne prendrait rien, il faut prévoir remplir notre congélateur et nos réfrigérateurs avec d’autres denrées. On ne va quand même pas croire qu’on est assez adroits pour assurer notre subsistance avec la pêche. Téméraires un peu, mais pas nonos.

Parlant de bouffe, comme une bonne partie du voyage se déroule au Québec, royaume autoproclamé de la gastronomie, on s’attend à trouver des endroits riches en mets locaux et spéciaux. On pense oursins, fruits de mer, viande sauvage, mets fins asticotés localement. C’est ce qu’on espère trouver de temps à autre. On ne s’en va quand même pas dans la savane australienne. On est encore en pleine civilisation, fut-elle un peu éloignée des « grands centres ».

C’est pour ça qu’on a un Mott et c’est pour ça qu’on va s’aventurer dans cette région-là. On veut découvrir. On va être curieux et on va vouloir explorer, rechercher la pierre qui brille loin des projecteurs. On sait qu’on va trouver. C’est pour ça qu’on y va.

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PS : Imaginez-vous donc qu’on parle encore de feux de forêt qui risquent de nous barrer la route, cette fois en Basse-Côte-Nord et au Labrador. Franchement!

Photo de Pixabay sur Pexels.com

On pense vraiment qu’il y a quelqu’un quelque part qui cherche à nous embêter. Oui, on prend ça « personnel ». Mais au diable les désastres naturels, on a décidé qu’on y allait et on y va! On pourra toujours revenir sur nos pas si on se fait bloquer et si on parvient à passer, en plus d’une expérience inoubliable, on pourra se rendre au bout de la route à Blanc Sablon, prendre le traversier et filer vers Terre-Neuve… où, nous tenons à le dire, il n’y a présentement pas de feux de forêt!

Scènes de famille

Ce n’est pas la première fois que nous nous plongeons dans l’univers de Louisbourg Pé et moi, en solitaire comme en couple, mais cette fois-ci nous nous apprêtions à faire une découverte désarmante… Nous vous en parlerons tantôt. Pour le moment, je laisse Pé présenter ce lieu, grandiose et épique à la fois.

FORTERESSE DÉSERTÉE

La forteresse de Louisbourg, c’est un drôle de phénomène. Pour bien la comprendre, il faut la comparer, disons, au Village acadien. Pourquoi pas. Dans le fond, les deux endroits sont des reconstitutions de ce qui était une réalité il y a près de quatre siècles.

Dans un cas, celui du Village, on a reconstruit les maisons et les fermes, les forges et les scieries; on a recréé les intérieurs et mis du bois et du feu dans les grands foyers domestiques et on a embauché des gens de la place qu’on a déguisés en gens d’époque pour redonner cette atmosphère de vie d’antan, avec ses chandelles, ses fourches, ses petites chambres au plafond bas et le récit des grandes familles qui s’entassaient dans quelques mètres bien trop carrés. Ce village n’a jamais existé comme tel, mais il reprend fidèlement les parcelles architecturales et sociales d’une époque lointaine et parvient avec succès à transporter la saveur et les odeurs qui se seraient autrement perdues dans le temps.

Dans l’autre cas, c’est une véritable forteresse que les touristes aperçoivent dès leur arrivée sur la péninsule qui retient Louisbourg, la même forteresse que les forces anglaises ont envahie en 1745, au même endroit. De la route d’accès à bord de son Winnibago, le touriste peut déjà voir l’importance stratégique du lieu, l’imposante édification de pierres colossales face à la mer, ses grandes murailles et les échancrures de ses canonnières; ses faiblesses militaires aussi, avec des collines verdoyantes qui surplombent le flanc arrière des fortifications et à partir desquelles des fantassins embusqués pouvaient facilement observer les activités du fort.

Avec un peu d’imagination, on peut voir la flotte anglaise ancrée au large devant les bouches béantes des canons. Tout ce drame s’est déroulé là, ici, et pas ailleurs. Les murs ont été reconstruits fidèlement à partir de ruines encore visibles, sous la supervision d’archéologues, d’historiens, d’ingénieurs et d’architectes spécialisés en reconstitution historique. Tout a été réalisé pour donner l’impression au visiteur moderne qu’il va entrer dans la forteresse de Louisbourg au dix-huitième siècle et qu’une guerre peut éclater à tout moment.

On se sent bien dans le Village acadien : malgré le poids de l’histoire, ça sent bon le bois qui brûle et le pain qui cuit dans l’âtre de plusieurs maisons. On a froid dans le dos quand on frôle les murailles de Louisbourg, qu’on pousse le nez dans ses meurtrières. Il y a, bien entendu, les gens du coin qu’encore ici on a déguisé en soldats ou en habitants du dix-huitième siècle pour reconstituer la vie quotidienne à l’intérieur des grandes murailles. On a même une taverne et on peut entrer dans les maisons de l’époque, puisque la forteresse servait également de port de pêche à la colonie, adoucissant ainsi, pour le visiteur moderne, le caractère martial du site. Mais l’endroit demeure un lieu franchement sinistre.

Louisbourg, c’est le drame et le symbole d’une culture, d’une civilisation qui a perdu la bataille. De la lutte interminable entre l’Angleterre et la France pour s’arracher à l’un et à l’autre les richesses de ce nouveau monde et pour protéger Québec!

Point à la ligne!

Rangeons les manuels d’histoire et poursuivons.

La première vague de la pandémie n’a pas été aussi rude que la seconde, mais elle a quand même vite frappé le tourisme. Dans l’incertitude face aux restrictions qui venaient et ne venaient plus, le touriste moyen est resté chez lui par crainte de ne pas pouvoir revenir sans se voir imposer une quarantaine ou pire, d’y laisser ses poumons et sa peau. Faute d’inoculation, personne ne voulait se retrouver en groupe, surtout pas en groupe dans des espaces confinés. Dans les rues relativement étroites de Louisbourg, par exemple.

Le problème pour les gestionnaires touristiques du lieu historique, c’est que la majeure partie de sa clientèle est américaine. Or, pandémie oblige, le Canada a fermé ses frontières et plus rien de passe. Les visites de la bulle Atlantique ne suffisent pas à alimenter l’imposante architecture d’accueil qui a été mise en place sur ce site de grande envergure. Les rues et ruelles de la ville reconstituée ont l’air désertes et les maisons historiques, les restaurants et les murailles sont vides.

Qu’à cela ne tienne, on a stationné le Mott à l’arrière du site, aux abords du village, et nous avons pris d’assaut chacune des habitations et des échoppes les unes après les autres en prenant le temps de nous imprégner des histoires contées et des odeurs de l’époque.

Notre découverte désarmante, nous l’avons fait en visitant les baraques de la garnison. En effet, en lisant l’histoire du siège de Louisbourg, qui ornait les murs, quelle ne fut pas notre surprise de lire le nom de William Ross, un caporal du 78e régiment des Fraser Highlanders, qui se trouvait dans la flotte anglaise lors de la deuxième prise de Louisbourg en 1758, le même qui a participé quelques mois plus tard à la bataille des Plaines d’Abraham sous les ordres du général James Wolfe. Intriguée, Brie a rapidement pris son cellulaire pour confirmer ce qu’elle intuitionnait… ce William Ross était dans les faits son ancêtre maternel, qui a francisé son prénom lorsqu’il a pris épouse à Montmagny en 1764.

Il n’en fallait pas plus pour que l’imagination débordante des Lenou réécrive l’histoire de la prise de Québec, où l’ancêtre maternel Guillaume Ross a croisé le fer avec l’ancêtre paternel de Brie, Pierre Aucouturier. Et devinez qui a gagné?

Feu à volonté! On ne peut pas réécrire toute l’histoire, hé.

À plus tard.

Histoires de pêche acadiennes – chapitre II

Patrice à Placide n’était pas le seul à faire de la pêche sa religion. Bernard à Jean-Baptiste aussi se métamorphosait quand il lançait sa ligne à l’eau, toujours certain de remonter quelque chose.

Bernard à Jean-Baptiste n’a pas eu la vie toujours facile, mais dans sa chaloupe, il est chez lui et il est heureux. Assis sur sa veste de sauvetage à l’arrière, près du moteur, il prend son air de capitaine au long cours et regarde calmement l’horizon à la recherche de cet endroit magique où il arrêtera le moteur et où il me dira savamment, « c’est assez profond ici. On jette la ligne à l’eau. »

J’aime bien aller pêcher avec Bernard à Jean-Baptiste, même si je ne suis pas pêcheur. L’idée de laisser traîner une ligne à la mer et d’attendre qu’un poisson daigne l’accrocher pour éventuellement participer à ton souper ce soir-là a tout de même quelque chose d’amusant.

Être pêcheur, un vrai, c’est autre chose : c’est un état d’esprit. Il faut aimer la pêche. Il faut en rêver presque. Il faut voir le poisson, le sentir sous l’eau, visualiser et prévoir ses comportements. Anticiper sa réaction quand il est accroché pour être en mesure de le ramener au bord sans qu’il s’échappe. Le fatiguer sans lui donner trop de ligne. L’approcher sans qu’il ait la possibilité de donner de coups pour se décrocher. C’est un art. Par exemple, Patrice à Placide est un de ces artistes, un classique. Il rêve de voyages de pêche et alimente ses saisons d’aventures de pêche au saumon, à la truite, au bar ou à tout ce qui fraye. C’est un vrai pêcheur.

Bien assis, les pieds appuyés sur le bord de la chaloupe, à peut-être cinq cents ou sept cent cinquante mètres du rivage, on se sent bien, bercé par les vagues, la ligne pendant paresseusement dans l’eau. Pas besoin d’avoir envie de jouer au plus fin avec un poisson pour apprécier l’air du large, la beauté des vagues, le mystère de la masse d’eau sous l’embarcation. C’est davantage ce qui me caractérise. Plus de poésie que d’art là-dedans, mais tout de même branché sur l’océan, le grand bleu.

Le maquereau voyage généralement aux environs de vingt-cinq à trente pieds de profondeur… mais ça dépend du pêcheur à qui on parle. Des fois, cette profondeur peut être de vingt pieds ou de quarante, selon l’enthousiasme du conteur et les marées paraît-il. En tout cas, pour être bien placé, il faut que l’hameçon pende à peu près un pied ou deux au-dessus du fond. On laisse couler la ligne jusqu’à ce qu’on touche le fond – une sensation très subtile ressentie jusqu’au bout de la canne indique que la ligne vient de frapper le fond – et on remonte d’environ un pied.

Ce jour-là, la mer était particulièrement calme. Bernard et moi avions lancé la chaloupe – une embarcation d’une vingtaine de pieds équipée d’un moteur de 35 forces – dans l’eau de la baie en espérant prendre une trentaine de maquereaux pour notre propre consommation et pour remplir les commandes de nos amis.

On a beaucoup d’amis quand on est pêcheur. Tout le monde passe ses « commandes » pour deux ou trois maquereaux « la prochaine fois que tu iras pêcher, si t’en prends assez, tu m’en ramèneras un, ok ? » Ça donne un objectif de pêche et ça alimente la conversation dans la chaloupe. « J’en ai promis deux ou trois à mon chum André, et il y a mes belles-filles qui en veulent aussi et on attend de la visite demain. Ça m’en prendrait peut-être une quinzaine en tout. » « Pis toi? » « Ben moi, quand j’en aurai trois ou quatre pour moi pis ma blonde ce soir, je vais être bien heureux. Y’a mon chum Ludovic qui en voudrait peut-être aussi quatre ou cinq. On verra ce que ça donne si on en prend. » Et on greyait les lignes.

Des fois, on savait tout de suite si la pêche allait être bonne. Les maquereaux sont tellement voraces qu’ils mordaient dès qu’on laissait aller la ligne sous l’eau. D’autres fois, il fallait être plus patients… une vertu difficile à apprendre.

Il devait être huit heures du matin quand on a mouillé nos lignes. Bernard à Jean-Baptiste avait arrêté le moteur et tout était calme comme dans un beau film. Je me rappelle qu’il venait de me dire que son paradis se trouvait juste là, assis sur le bout de sa chaloupe avec une ligne à pêche dans la main, à regarder la mer et à laisser aller ses pensées au fil du courant de la marée. Son visage serein témoignait de ses propos. Il n’aurait pratiquement pas eu besoin de canne à pêche pour être heureux. Juste être là, contemplatif, sur le bout de sa chaloupe, quelque part loin du rivage, bercé par la mer qui s’ouvrait sur l’horizon.

C’est à ce moment qu’on a pris nos premiers poissons.

Les maquereaux voyagent en banc et quand on s’adonne à placer la chaloupe au-dessus d’un de ces bancs et que les lignes pendent au milieu du groupe, tout ce qui a l’air d’un leurre se fait mordre. Ma ligne est équipée d’une série de cinq leurres et hameçons attachés bout à bout. Quand il pend au-dessus du fond de l’eau, cet accoutrement doit ressembler à un buffet perpendiculaire éclairé par des lucioles multicolores et doit être absolument irrésistible pour les maquereaux. En tout cas, presque à tout coup, cinq maquereaux se prennent à la fois dans le piège et tirent sur la ligne pour être remontés. Cinq maquereaux, c’est presque aussi fort qu’un petit bar. Cinq maquereaux qui tirent dans toutes les directions, ça gigote et ça tire en masse.

C’est la chance autant que le nez du capitaine – quoique la chance compte, disons-le, pour la plus grande partie des statistiques officielles sur le sujet – qui nous amènent dans la zone ou sur la route d’un nouveau banc.

Bernard pêche avec un seul hameçon et sa ligne est tout aussi sollicitée. Le truc, c’est que tous les maquereaux ne sont pas créés égaux et que la réglementation est ajustée en fonction de ces différences. Les maquereaux de moins de dix pouces sont jugés trop petits pour la pêche sportive et doivent être relâchés. Or, il arrive souvent que les bancs qui passent sous la chaloupe soient constitués de poissons encore à la maternelle… des poissons de quelques pouces à peine qui se qualifient tout juste pour une promenade en groupe. Comme ils sont jeunes et curieux, ce sont eux qui mordent le plus souvent à nos appâts – les miens surtout qui sont plus petits, bien que plus nombreux. Une perte de temps monumentale puisqu’il faut les décrocher et les rejeter à l’eau et que le temps passé à les déprendre des hameçons sans trop leur faire de mal et à les remettre à la mer est un temps où les lignes ne sont pas à l’eau.

Quand on réussit à en prendre un beau d’une quinzaine de pouces, on se dit qu’on vient de surprendre un groupe de passants qui allaient magasiner dans le coin.

Ce sont ceux qui font à peine la marque et qu’on doit quand même rejeter à la mer qui nous préoccupent le plus parce que dans notre scénario loufoque, on imagine qu’ils iront dire à tout le monde en bas qu’il y a deux extraterrestres qui planent au-dessus de leur position avec un étrange vaisseau et qu’il faut éviter à tout prix de se laisser prendre par ces trucs brillants qui pendent autour. En tout cas, c’est l’histoire qu’on se raconte pour rigoler et passer le temps.

On se disait qu’il fallait peut-être penser à retourner au débarcadère avec nos prises, une bonne trentaine de maquereaux de belle taille tout de même, qui allaient agrémenter plusieurs tables ce soir. C’est généralement à ce moment que je commence le nettoyage pendant que Bernard à Jean-Baptiste se prépare à diriger le bateau vers le rivage.

Pas compliqué le nettoyage du maquereau. Sa peau est lisse et il n’a pas d’écailles. Il se tient bien dans la main et la lame travaille facilement. Il vaut quand même mieux porter des gants parce que toute cette activité se déroule dans une chaloupe qui monte et descend sur les vagues en donnant des coups et qu’on a un couteau bien tranchant entre les doigts. On ouvre le poisson et on rejette les entrailles à la mer, sous les cris enthousiastes des goélands, compagnons d’aventure incontournables.

Avant d’entreprendre le travail d’éviscération, comme nous étions dans une région fertile, j’avais décidé de laisser traîner ma ligne en prenant bien soin d’amarrer la canne entre deux chaudières, dans la chaloupe, des fois que… et je vaquais calmement à ma petite occupation pendant que Bernard rangeait sa ligne et son profondimètre avec son air de capitaine instruit, en scrutant le rivage encore loin, mais dont on commençait à mieux distinguer les détails. On cherchait le clocher de l’église au loin pour diriger le bateau un peu plus vers le nord, lieu où se trouvait le débarcadère et la montée de bateau. Du large, le point minuscule de la rampe de ciment était à peine visible d’où l’idée de viser plutôt le clocher.

J’avais terminé une quinzaine de maquereaux quand ma canne s’est littéralement arrachée de son amarrage improvisé dans la chaloupe, a renversé les deux chaudières qui la retenaient et s’apprêtait à passer par-dessus bord. J’ai lâché ma lame et agrippé de justesse le bout du manche qui menaçait lui aussi de se retrouver chez les crustacés, les mains encore dégoulinantes de viscères de maquereau.

Et là, ça s’est mis à tirer !!

La ligne que j’avais laissé pendre était greyée avec une extension à cinq leurres, capable donc d’attraper cinq maquereaux à la fois. C’est excitant et ça gigote pas mal fort au bout d’une ligne quand les cinq hameçons sont sollicités, mais vraiment pas tant que ça.

En me voyant tirer sur la canne, Bernard à Jean-Baptiste a bondi hors du banc et s’est lancé vers l’endroit où il croyait trouver sa puise avant d’arrêter son geste et de me crier : « ah non! On n’a même pas pensé apporter la puise et tu viens de prendre un gros bar! Tire, tire! Il a l’air gros ! Fais attention de ne pas le perdre! »

Un bar ! Et il était de taille. J’avais beau retenir la ligne à deux mains, il n’y avait aucun relâchement dans la tension. Le frein du moulinet était presque complètement fermé pour retenir le défilement automatique de la ligne et pourtant, elle filait comme si le moulinet était complètement ouvert.

D’abord en passant en dessous de la chaloupe et ensuite en direction du rivage, la prise ne donnait aucun signe de laisser aller ou de se fatiguer. Elle semblait s’amuser à tournoyer autour de nous, tout en entraînant ma ligne et tout ce que j’avais d’énergie. Il devait y avoir environ vingt-cinq pieds d’eau sous la coque ce qui me faisait penser qu’elle ne pourrait pas plonger bien loin et que j’allais certainement pouvoir la fatiguer éventuellement. Il fallait simplement la tenir et l’amener scientifiquement vers moi, en tirant et en donnant du mou, en remontant la ligne et en la laissant glisser sur son frein.

C’est au moment de cette réflexion que le bar – je commençais à me demander de quelle grosseur ce poisson-là pouvait bien être pour tirer avec une telle force – a décidé de faire demi-tour et de se diriger vers le large.

Comme moi, Bernard à Jean-Baptiste était dans tous ses états, me regardant avec de gros points d’interrogation dans le visage et regardant vers le fond, à travers le grand miroir de l’eau, pour tenter d’apercevoir entre les vagues ce qui pouvait bien tirer si fort. Au moment du demi-tour, le poisson a naturellement donné du leste, le temps nécessaire pour amorcer une remontée de ligne. Je tournais et retournais furieusement la poignée du moulinet pour tenter de ramener la prise à la chaloupe, malgré la distance de plus d’une cinquantaine de pieds qui nous séparait encore, quand elle a retendu froidement la ligne et repris sa course en direction de l’embouchure de la baie, en direction du grand large.

J’avais ancré mes deux pieds sur le rebord de la coque pour pouvoir mieux retenir la canne et mes mains encore gantées pouvaient assurer une prise passablement solide – et gluante – sur le manche. Je me prenais pour le Santiago d’Hemingway et je m’imaginais tirer sur mon bar pendant trois jours, jusqu’à l’épuisement de mes forces… ou des siennes. Puis je me suis mis à rigoler en regardant derrière la chaloupe. « Regarde Bernard, il tire la chaloupe! » En effet, l’embarcation se déplaçait sur l’eau à la vitesse d’un bon nageur. À peine croyable qu’un bar puisse réussir un exploit pareil! Une chaloupe équipée d’un moteur avec deux adultes et une trentaine de maquereaux à bord – une quinzaine tout de même avaient été éviscérés, ce qui devrait faire moins lourd – ça offre une masse assez imposante à déplacer… ce qui commençait à nous rapprocher de plus en plus dangereusement de l’hallucination.

Dans des moments comme ceux-là, les idées défilent à la vitesse grand V. « Est-ce qu’il me reste encore assez de ligne dans le tambour du moulinet? Oui, ça va. Ça ne peut pas être un bar ce truc-là. Mais qu’est-ce que c’est? Il doit être immense. Est-ce que j’ai fermé le robinet de la salle de bain avant de partir? La ligne peut-elle résister à une telle pression? C’est une ligne tressée de vingt livres avec un leurre de nylon. Y’a pas moyen que ça puisse tirer une chaloupe. Elle va casser c’est certain et je vais tout perdre mon grément. Est-ce que je devrais couper la ligne et sauver la canne? Personne ne va jamais nous croire. Il faudrait prendre des photos. »

« Bernard, peux-tu prendre une photo, viiite ? »

Je venais à peine de crier la question quand l’impossible s’est produit.

Là, au bout de ma ligne, à plus de cent pieds de la chaloupe, droit devant vers l’ouverture de la baie, une immense masse noire est sortie de l’eau. Aussi large que notre embarcation. Ronde et noire, comme le devant d’un sous-marin. Les flots se sont ouverts aussi brusquement que doucement pour soulever cette forme impossible, qui mettaient tous nos sens en folie.

Sous le sifflement de la ligne qui continuait de se vider du moulinet, le dos de ce qui ne pouvait être qu’une baleine – pourquoi ce mot, pourquoi pas un autre mot, un autre poisson, une autre espèce – a percé les vagues le temps d’une exclamation dans nos gorges, avant de replonger sous la surface et de poursuivre sa route. Quand on pense se faire tirer par un bar et qu’on voit soudainement le dos d’une baleine – rien d’autres dans mon esprit et mon imaginaire ne pouvait avoir cette forme, cette masse – ça donne une méchante poussée d’adrénaline. Savait-elle même que nous étions là, qu’elle était «prise» ?!

En une fraction de seconde, les pensées sont allées du : « je rêve, c’est impossible ! » au « mais qu’est-ce qu’elle fait là ?!! C’est une baleine, c’est fou ça! » On disait avoir aperçu des baleines dans la baie au cours des dernières semaines, mais personne n’avait raconté d’histoire comme celle que nous étions en train de vivre. S’agissait-il de baleines noires qui surpeuplaient les cauchemars des pêcheurs de crabe de l’embouchure de la baie ? Pourquoi s’approcherait-elle du rivage, dans si peu d’eau ? En tout cas, ça ne pouvait être autre chose.

J’ai crié : « Bernard, c’est une baleine !! » « Non, ça ne se peut pas, ce doit être un gros flétan, c’est certain que c’est un flétan ! » me crit-il en retour au bout de ses poumons, non pas parce qu’il y avait du bruit autour ou quoique ce soit, mais parce que nous étions tous les deux à un niveau d’énervement tel que les mots ne faisaient plus de sens et ne pouvaient pas sortir calmement de nos gorges. « Mais Bernard, il reste à la surface de l’eau ! »

En effet, la baleine – c’était clair, dans ma tête en tout cas, que « ça » ne pouvait être que ça, malgré l’improbabilité et le surréalisme de la situation – poursuivait sa route juste sous la surface, ce qu’on pouvait facilement constater en suivant la ligne à pêche qui filait toujours, bien tendue au-dessus de la surface jusqu’à un point précis à plus de 100 pieds du bout de la chaloupe où la ligne se fondait à l’eau. Si la chose avait été un flétan, elle se serait dirigée vers le fond, habitat naturel de ce poisson et la ligne l’aurait suivi. Un phoque aurait bondi entre la surface et le fond… et de toute façon, ce truc-là était beaucoup trop gros et trop noir pour être un phoque… ou un flétan. Il ne pouvait s’agir que d’une baleine noire!

Me voici entré dans l’imaginaire de Moby Dick. Sauf que la prise n’était pas prévue, ni recherchée et que notre baleine n’était certainement pas méchante. Nous non plus d’ailleurs, on n’était pas là pour être méchant, pas dans l’état de stupeur où elle nous avait plongé. On n’était même pas là pour elle. Mais elle nous emportait tout de même!

Entre les rires nerveux et le défilement ultrarapide de tous les scénarios du monde dans mon esprit, une idée claire venait de s’installer : prendre des photos pour immortaliser ce moment-là! Prendre des photos à tout prix parce que jamais personne ne nous croira!

« Bernard, prends la ligne ! » Les mains encore gantées, suintantes de viscères de poisson – il s’était écoulé peut-être quatre ou cinq minutes depuis le moment où j’éviscérais encore les maquereaux pêchés plus tôt – j’ai planté la canne entre les mains tendues nerveusement de Bernard et j’ai plongé les poings dans mes poches à la recherche du cellulaire qui allait sauver et notre équilibre mental et notre réputation de pêcheurs.

C’est comme ça que j’ai appris qu’il ne fallait pas se fier à un téléphone cellulaire dans des moments trop rapprochés de la panique, les mains gantées et visqueuses. D’abord parce qu’avec des gants – visqueux ou pas – c’est presque impossible de déverrouiller un cellulaire, de faire défiler les écrans et de trouver l’appli appropriée, et ensuite, c’est pratiquement impossible de faire le foyer et de voir l’objet à photographier cent pieds plus loin, à la surface de l’eau, presque sur la ligne d’horizon avec un ciel trop clair, trop aveuglant, quand on est survolté dans une chaloupe en mouvement sur les vagues. Il nous aurait fallu un photographe d’office.

Et juste là, à ce moment précis, une pause.

Je venais à peine de donner la canne à Bernard, de saisir mon cellulaire et de le pointer vers le large que la ligne a pris du mou. Plus rien. Silence total, une, deux, trois, quatre secondes. Bernard avait un air au moins aussi abasourdi et perplexe que le mien. Machinalement, il a donné un coup sur la poignée du moulinet pour tenter de ramener la baleine vers la chaloupe. Hihihi ! « Remonter le moulinet de notre petite ligne à pêche pour ramener la b-a-l-e-i-n-e vers la chaloupe. » Hon!

Le léger coup de la ligne sans doute, ou encore la curiosité, on ne saura jamais, mais en tout cas, Moby s’était arrêtée, a sorti la tête de l’eau et nous a distinctement regardé. Une masse énorme aussi grosse que la chaloupe malgré la distance, qui formait un monticule rond et totalement noir d’au moins la hauteur d’un homme au-dessus de la surface, s’est retournée et nous a franchement regardé. Le temps était suspendu tout autant que notre souffle alors que nous regardions nous aussi, stupéfaits, incrédules, médusés, cette apparition venue d’ailleurs.

Une baleine nous regarde. Celle que l’on croyait prise, attrapée par notre ligne, celle que nous pensions orgueilleusement avoir maîtrisée, nous regardait. Que pouvait-elle bien penser pendant cette seconde où elle a pu nous soupeser du regard, maintenant sans doute à plus de 130 pieds de la pointe de notre petite chaloupe. Elle était passée sous la coque probablement à la poursuite d’un banc de maquereaux et aura accidentellement frôlé mes hameçons qui se sont accrochés sur elle. Ou encore, elle aura engouffré en passant les deux ou trois maquereaux qui avaient mordu à ma ligne passive et aura poursuivi sa route avec insouciance en entraînant avec elle son hors-d’œuvre et tout mon bazar. Ça non plus on ne le saura jamais. En tout cas, pendant une seconde de ce qui est maintenant gravé dans mon esprit pour l’éternité, elle nous a regardés, la tête définitivement tournée vers nous.

La belle devait se demander ce que nous tentions de faire au juste. Elle a peut-être vu elle aussi, la ligne qui était maintenant complètement sortie de l’eau et qui nous reliait comme un fil d’Ariane, tendue, mais inerte, impuissante devant cette masse. Elle devait se demander pourquoi nous étions soudainement liés. Avait-elle même senti la morsure des hameçons ? Probablement pas du tout. Un hameçon fin de la grosseur de l’ongle d’un petit doigt ne peut pas faire grand-chose sur une peau de baleine sinon s’accrocher et souhaiter rester là. Mais pourquoi avait-elle eu le désir de s’arrêter, de sortir sa tête de l’eau et de nous regarder. Elle savait que nous étions là. Avait-elle senti la tension de la ligne que nous tentions de ramener vers nous ? Pourquoi une baleine, accrochée ou non à un petit hameçon, pouvait-elle ressentir le besoin de sortir la tête de l’eau et de regarder derrière elle? Respirer, sans doute, mais avait-elle besoin de s’arrêter et de scruter l’horizon de cette baie tout de même petite, toute proportion gardée? Et surtout, d’arrêter sa tête et son regard sur nous?

La présence de cet être extraordinaire au bout de ce fil malingre avait quelque chose de ridicule et d’absurde. Il aurait fallu pleurer pour s’excuser d’avoir eu la témérité de la retenir, de la ralentir un moment. Mais nous ignorions qu’elle était là. Nous ne pouvions pas savoir que c’était elle qui passait sous notre coquille. Nous ne pouvions imaginer sa présence près de nous. Ce n’était pas nous les extraterrestres, mais bien elle ! L’impossible voyageuse venue d’un autre monde à la recherche de ressources et nous nous sommes trouvés sur son parcours. Nous avons eu l’arrogance de l’attraper.

Nous étions cependant bien loin des larmes, comme deux enfants qui viennent de surprendre le père Noël, son attelage et son chariot en train de se faufiler dans une cheminée au mois de novembre. Nous n’en revenions tout bonnement pas. Nous savions maintenant que le défilement du moulinet n’aurait jamais pu être ralenti.

Sans doute parce qu’elle en avait assez, qu’elle s’est rendu compte qu’elle perdait son temps à nous regarder, la baleine n’avait plus l’intention d’être l’objet de la fête. Son énorme tête indolente s’est de nouveau glissée très doucement sous les flots et elle a débobiné les vingt pieds de ligne qui restaient encore dans le tambour du moulinet en emportant tout ce matériel avec elle vers le grand large. Bouche bée, nous sommes restés à contempler à la fois la ligne d’horizon maintenant déserte et le moulinet maintenant vide.

Il y en a qui reviennent avec des histoires de bars de cinquante pouces ou de saumons plus grands que des enfants, de flétans gros comme des sièges d’auto et de phoques qui dansaient autour de l’embarcation. Nous, on a accroché une baleine.

Comme preuve, nous n’avons qu’une photo un peu embrouillée de la pointe d’une chaloupe. C’est encore pire qu’un bout d’arête pour témoigner de la grosseur de sa prise. En plissant les yeux, on peut distinguer un mince tracé au-dessus du devant de la coque, sans doute une ligne à pêche, qui file tout droit vers ce qui semble être une masse obscure sur la surface de l’eau, au loin, près de la ligne d’horizon. Ça pourrait être n’importe quoi. En y regardant bien, il faut tout de même constater qu’aucun bar ne pourrait tendre une ligne si loin d’une chaloupe et si près de la surface, à cinq cents mètres du rivage. Mais ensuite…

J’ai fait jurer à Bernard à Jean-Baptiste qu’il resterait disponible pour moi pendant le reste de ses jours, seul témoin crédible de notre aventure.

Quand j’ai raconté tout ça à Patrice à Placide, il n’en revenait pas lui non plus. Il a même lancé une recherche d’informations et s’est renseigné auprès de ses sources dans la région. Oui, c’était sans aucun doute une baleine, mais pas nécessairement une baleine noire. Plus probablement s’agissait-il d’un petit rorqual, une baleine plus commune dans la région et toute aussi foncée. Cette baleine a aussi la particularité d’avoir une petite nageoire dorsale plus éloignée du milieu du corps, ce qui confirmerait nos observations puisque du point où nous nous trouvions, nous ne pouvions pas distinguer de nageoire sur le dos de notre baleine lors de sa première sortie de l’eau. Les deux spécimens sont d’un noir profond et de grande dimension, mais la baleine noire se tiendrait davantage vers l’embouchure de la baie, dans des eaux plus profondes. Qu’un tel visiteur soit venu si près de la rive à moins de trente pieds de fond, serait inusité. Mais pas impossible. Quant au rorqual, c’est un mammifère glouton friand de maquereaux qui aime fréquenter les zones côtières… et ostensiblement, taquiner les pêcheurs.

En tout cas, c’était une baleine… et une histoire de pêche qui finit avec une baleine, c’est une belle histoire, bien difficile à battre !

Histoires de pêche acadiennes – Chapitre 1

Patrice à Placide

Avant de laisser Pé raconter ses histoires, j’aimerais faire une petite mise en contexte que je juge importante. D’aussi loin qu’on se souvienne, nous avons toujours eu un rapport très positif avec la pêche, lui grâce à son père, Jos, qui lui a légué sa canne à pêche à la mouche, une Fenwick, et moi, grâce à mon grand-père Eddy, qui m’amenait taquiner la truite sur la Grosse pierre, au chalet à Stoneham. Bien avant qu’on élise domicile sur la côte Est, Pé et moi on apportait nos cannes en camping pour se pratiquer à lancer l’hameçon. Cela faisait bien rigoler les autres campeurs! Bon, j’arrête de tergiverser et je cède la place à Pé. Je jure que tout ce qu’il vous racontera est la vérité… Hon.

Dans mon coin de pays, il y a au moins dix fois plus d’histoires de pêche qu’il y a de pêcheurs! La preuve : je ne suis même pas pêcheur et je pourrais vous en raconter tout de suite quatre ou cinq…

Pas nécessaire de s’appeler Achab, le célèbre capitaine de Moby Dick, ou d’avoir la peau burinée par l’eau de mer pour connaître des histoires de pêche. Pas même nécessaire d’avoir sa propre canne ou des bottes de caoutchouc. Bien entendu, ça fait plus chic et plus sérieux quand on sort un attirail de moulinets et qu’on a autant d’hameçons et de mouches qu’il y a de poissons dans la baie, mais en général, c’est dans le regard qu’on reconnaît les histoires d’un vrai pêcheur.

En Acadie, sans doute en raison de la proximité de l’eau et de la grande histoire, on rencontre beaucoup de pêcheurs et ce ne sont pas les récits cocasses qui manquent. Tiens, depuis qu’on respire l’air de l’Atlantique, Brie et moi on ne manque pas une occasion de tremper la ligne, pas qu’on espère prendre quoique ce soit, mais pour le plaisir et parfois, pour revenir avec une bonne histoire.

Prenez Patrice à Placide, par exemple. Six pieds deux, deux cent trente livres, le front droit et fier, cheveux hirsutes, les épaules carrées et les mains larges comme des rames, on dirait que toute sa lignée est sortie tout droit de la mer.

Il ne lui manquerait que des branchies. En fait, sa lignée vient autant de la terre que de la mer, mais les aléas des siècles et les longues traversées l’ont marquée profondément, sans doute pas au point de faire pousser des ouïes, mais certainement assez pour l’initier aux caprices des courants. Avis aux bars rayés!

Vous mettez une ligne à pêche entre les mains de ce bonhomme-là, vous l’installez sur le bout d’un quai et plus un maquereau, plus une plaise, plus un bar n’est à l’abri. Il dira, l’air instruit, que c’est une question de marée, de la position du soleil, du relief des brise-lames au bout du quai; que la mer était montante et que ça créait le courant approprié pour ramener le bar vers le quai. Il dira que le bar est futé, mais qu’il l’est plus encore et qu’il l’attendait. Il ne parle jamais de ses leurres, mais il explique avec une étincelle dans l’œil, que le poisson était juste là, à l’endroit où il a lancé sa ligne. Et il a mordu, comme ça, bien sûr.

Pendant des années, presque tous les matins et souvent le soir à la brunante, beau temps, mauvais temps, il marchait entre les cordages des bateaux et les casiers de homards jusqu’au bout du débarcadère de Petit-Rocher ou de Pointe-Verte, vingt pieds au-dessus de l’eau. En greyant sa ligne, il demandait à ses chums déjà au poste, si ça mordait et on échangeait sur les chances d’en prendre des beaux ce matin-là. Quelqu’un avait pris un bar d’au moins trente pouces la veille, au bout du quai. « Ce matin, y’a l’air d’en avoir seulement des p’tits, mais on sait jamais. En tout cas, le maquereau mord en masse ». Les chaudières de tout le monde étaient encore vides.

Je me rappelle qu’un jour, tout fier, Patrice à Placide avait apporté un bar congelé à un de ses amis comme cadeau d’anniversaire, un animal gros comme ça, enveloppé dans un grand sac de plastique noir! Il ne rentrait même pas dans le frigidaire. Il venait du bout du quai de Petit-Rocher, semble-t-il, une histoire à peine croyable quand on sait qu’il aurait fallu remonter ce poisson d’au moins quinze livres jusqu’au bord du quai, vingt pieds plus haut, à bout de bras. Il aurait sans doute dû être retourné à l’eau tant il dépassait la limite permise. Mais au bout du quai de Petit Rocher, à la pénombre, tous les bars sont légaux.


Un des pêcheurs du coin rencontré sur le quai raconte en avoir pris un d’une trentaine de pouces un après-midi qu’il était sorti pour pêcher le maquereau, une histoire assez fréquente le long de la baie : on tente un dernier coup pour attraper quelque chose avant de rentrer à la maison et vlan! Ça mord. Mais au lieu du tiraillement familier du maquereau, la canne se plie en deux sous le choc et la ligne file sur son frein. Dix pieds, vingt pieds, trente pieds de ligne qui défilent en sifflant dans le moulinet. Ça surprend surtout quand on s’attend à prendre un maquereau d’une couple de livres. Après plusieurs minutes d’effort, à force de retenir la ligne et de fatiguer le poisson, on finit tout de même par l’amener au bord.

Campé sur le bord du quai, un pied servant d’appui sur une tête d’amarrage, le pêcheur raconte avoir réussi à fatiguer sa prise à force de donner du mou et ensuite de tirer sur la ligne. Il était maintenant certain d’avoir pris un bar et dans le ton de son histoire, on sentait encore la fierté du chasseur qui revient avec un gros gibier. Il paraît que tout le monde qui était là – d’autres pêcheurs, quelques badauds et deux ou trois touristes dont un avec un Tilley Hat  – s’est précipité pour voir ce qu’il avait bien pu pêcher. On entendait certains dire que ça devait en être un gros, qu’il ne pourrait jamais sortir ça de l’eau, qu’il allait casser sa perche ou sa ligne.

Il ne faut pas oublier que tout ce tumulte se déroule sur le quai, vingt pieds au-dessus du niveau de la mer… que le poisson est sous l’eau et qu’il tire encore.

Le pêcheur raconte à qui veut l’entendre, qu’il a finalement pu l’approcher du bord du quai et qu’il a pu apprécier la grosseur de la bête qu’il venait d’accrocher et qui tentait bien fort de se déprendre, un bar d’au moins trente pouces avec une tête grosse comme ça! Avec un poisson de cette taille-là, il ne faut surtout pas arrêter de tirer sur la ligne sinon, il pourrait facilement se déprendre ou même raconte-t-on aussi, déplier ou casser l’hameçon.

Remonter un bar de plus de dix livres gigotantes avec une ligne greyée pour le maquereau, c’est-à-dire un hameçon à trois crochets cinq fois plus petits que l’hameçon simple usiné pour le bar, ça relève presque de l’exploit et ça met inévitablement la crédibilité du conteur dans l’étau d’un très gros doute. Mais qu’importe, le pêcheur raconte à qui veut l’entendre qu’il a réussi, en tirant d’abord sur la perche avec tant de force que les badauds sur le quai lui criaient qu’il allait tout casser, et ensuite en prenant la ligne de nylon tressé à pleine main au péril de ses propres doigts, à remonter le monstre sur le quai, vingt pieds plus haut.

Exclamations admiratives de l’attroupement et réflexion instantanée de la part du pêcheur : ce bar-là est au-dessus de la limite permise, c’est certain, de un… et de deux, il a été attrapé avec un grément illégal, soit un hameçon à maquereau… et trois, il s’agit d’une prise accidentelle, donc encore là, non permise. Notre ami raconte que sa réflexion l’a rapidement amené à glisser sa prise dans un sac, aussi discrètement que possible dans le contexte, et à quitter le quai comme s’il s’était soudainement souvenu qu’il était en retard pour le souper. Les histoires qu’on raconte sur le quai de Petit-Rocher sont rarement celles qu’on partage avec les gardes-pêche. Quoiqu’il en soit, il paraît que le trophée s’est retrouvé en ceviche le soir même et que les convives du conteur l’ont particulièrement apprécié.

Parlons-en, tiens. Tous ces poissons-là s’apprêtent généralement à la mode locale : bouillis avec des légumes ou filetés et poêlés au beurre. Ça aussi d’ailleurs, fait partie des histoires et des discussions de quai. Lequel est le plus goûteux. On dit suivre une recette ancestrale, ou celle de sa grand-mère. On jure que le bar rayé est à son meilleur bouilli dans l’eau salée avec des pommes de terre fraîches. Quelqu’un venu du Nord-Ouest qui avait entendu parler du quai de Petit-Rocher et qui passait par là pour voir si ça mordait autant qu’on le disait, venait ajouter une nouvelle tournure aux vieilles recettes et aux conversations, en affirmant que sa famille le faisait cuire sur le barbecue.

Et la conversation s’animait aussitôt sur les bons et les mauvais côtés de cette pratique. « Ça doit goûter la peau brûlée, le bar sur le barbecue. » Brie et moi, on se rangeait davantage du côté des foodies qui proposaient plutôt le bar cru émincé et mariné dans du jus de lime, du sel et des épices. Ça n’a pas son pareil, ça non plus. On peut imaginer les conversations de quai et les questionnements qui accompagnaient cette façon de faire franchement différente.

Quelle que soit la méthode, le bar ne se laisse pas préparer aussi facilement. Il faut l’écailler la plupart du temps, sinon c’est presque impossible de le travailler : aucune lame ne passe à travers sa peau blindée d’écailles épaisses. Même le nettoyer demande beaucoup d’adresse pour éviter les véritables dards qui renforcent ses nageoires dorsales et latérales. Ensuite, la plupart des gens du Nord-Est optent pour le préparer en filet, ce qui demande encore un grand doigté et une lame bien affûtée sans compter qu’il faut ensuite enlever la peau, ce qui n’est pas, non plus, à la portée de tous les novices.

Sur les quais de la Baie des Chaleurs, le bar, c’est presqu’une religion qu’on pratique avec rigueur et dont on connait tous les rites. Quand ça mord gros, on sait ce qu’il faut faire après son signe de croix : on tire.

Ah Madame, que c’était bon !

Le trajet vers le Cap Breton et la ville de Sydney, dans le nord de la Nouvelle-Écosse, s’est très bien déroulé. La route est sympathique et même si nous avions hâte d’arriver au traversier, les paysages typiques du nord de la Nouvelle-Écosse offrent toujours de bons moments d’admiration. Tantôt une baie, tantôt le contour inégalé du lac Bras d’Or – la grande étendue d’eau salée au centre du Cap-Breton, reconnue comme réserve de biosphère depuis 2011. 

Et il y a l’Isle Madame…

Nous savions que l’endroit était unique pour sa localisation géographique, l’île principale d’un archipel échancré sur la côte est de la Nouvelle-Écosse, battu par les vagues de l’Atlantique et riche en histoire. Petit-de-Gras, Cap la Ronde, Poulamon, Sainte-Marie, Port-Royal (à ne pas confondre avec le Port-Royal de la vallée d’Annapolis), autant de petits villages aux connotations typiquement acadiennes.

Il y a toutes sortes de façons et de raisons de voyager : pour accumuler des milles Aéroplan, pour appliquer des autocollants multicolores et exotiques sur le derrière de son motorisé, pour chercher les plages et se dorer la bedaine sur le sable, pour dire qu’on est allés là et là, qu’on a visité un ailleurs que d’autres n’ont peut-être pas vu. 

Je ne sais pas trop pourquoi nous, nous voyageons dans notre beau gros Mott, sinon pour répondre à cet appel de découvrir l’inconnu, d’explorer un lieu qui étendra notre vision et notre perception de tous les autres endroits de la planète. Regarder l’horizon comme si on le voyait pour la première fois, à partir d’un point de vue nouveau, debout sur une terre qu’on espère pleine de découvertes. On se prend pour Christophe Colomb finalement. L’espace de quelques instants. Avant que Lupa nous rappelle à l’ordre avec un jappement pointu. Ou qu’un autre touriste nous pousse dans le dos avec son Winnebago.

Il y a des moments, dans ces voyages, qui n’ont pas de prix, qui nous transportent l’âme et nous bouleversent. Parfois, c’est un paysage qui redessine l’infini; un quai en équilibre instable sur des rochers noircis par les vagues et la barbe de varech; une cabane de pêcheur où tout le sens du passé nous agrippe par les narines et le regard; un site de camping isolé, en bordure de la mer, qui nous donne l’impression que le temps a pris son envol ici, là, et que plus rien ne compte, que la paix est née sur ce sol de tourbe.

Chose certaine, la découverte de la route sinueuse qui traverse l’Isle Madame était inattendue et tombait dans cette catégorie de « lieux enchanteurs ». Nous ne cherchions rien en particulier sinon le désir de voir ce qu’il y avait de l’autre côté de la courbe, et de la suivante, les petites maisons blanches à toiture rouge du prochain village. Un peu partout, entre la route et la mer, des épaves pas toujours bien conservées de vieux navires, maintenant endormies dans les pâquerettes, retenaient notre regard et nous rappelaient que toute cette région avait sans doute déjà connue une belle époque de prospérité, à l’image de bien d’autres régions côtières de l’Est du Canada.

Puis à propos de rien, on commence à penser au lunch et, air marin oblige, à se demander si on avait une chance de trouver quelque part, un p’tit amuse-gueule maritime… lire : fruits de mer. 

Notre conversation vient à peine de tourner aux papilles gustatives que du coin de l’œil, on aperçoit un quai et une usine. Notre première pensée va bien entendu vers les homards dont nous raffolons tous les deux : les usines qu’on trouve le long des côtes de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick ont été construites justement pour traiter les milliers de tonnes de homards qui sortent des bateaux toutes les saisons. 

On prend donc une petite route en épingle, on descend une pente trop pointue pour le poids de notre Mott, au grand désespoir des freins, et on arrive près de l’usine qui bourdonne d’activité. Des navires de pêche hauturière (beaucoup plus gros et imposants que les navires côtiers qui nous sont familiers) sont amarrés au quai et des hommes en grandes bottes de caoutchouc noire et en cirés jaunes, s’affairent à décharger des bacs énormes remplis de ce qu’on croyait être des homards… Mais holà, attention, un moment, là! Navires hauturiers? Les homards ne se pêchent pas en haute mer, mais le long de la côte. Que se passe-t-il dans ces navires?

Du crabe !! Mille millions de mille sabords, comme dirait le capitaine Haddock! Rien que du crabe des neiges – un plein bateau – tout vivants, tout beaux!

Nous nous lançons à toutes jambes, en faisant attention de ne pas glisser sur notre salive, pour parler à quelqu’un, trouver un point de vente. Voudront-ils même parler à des clients sur place alors que de toutes évidences, ce quai est industriel et n’a rien prévu pour les quidams en mal d’exosquelettes. On demande à un travailleur en grandes bottes, puis à un autre enveloppé d’un grand tablier orange et finalement, à quelqu’un de bien ordinaire qui s’affairait par là, qui nous dit dans un français à l’accent bien acadien qu’il faut parler à un gars qui est probablement derrière son comptoir, dans l’entrepôt de l’autre côté du quai.

On était excités comme des enfants qui viennent de découvrir le repère du Père Noël! On trouve le type de l’entrepôt qui nous écoute avec patience et qui accepte de nous vendre (à un prix vraiment trop bas) « trois ou quatre » crabes vivants. Sa générosité va même jusqu’à nous expliquer, comme si tout était simple et allait aboutir inévitablement à cette conclusion, comment les préparer et les faire cuire. Ça peut sembler anodin, mais un crabe des neiges, ce n’est pas un homard.

On est retourné au bateau et les pêcheurs nous ont donné quatre beaux gros crabes de plusieurs livres chacun. 

En passant, vous savez j’espère qu’un crabe des neiges, ce n’est pas très beau du faciès et c’est « hénaurme »! Les pattes étendues, c’est un animal de facilement deux pieds et demi (60 à 80 cm) de large. Quatre crabes comme ça, c’est tout un repas, même si on ne mange que les pattes !!

On ne « prépare » pas un crabe des neiges vivant comme on prépare une truite. Ce que ça veut dire, c’est qu’il faut le faire trépasser et le « séparer » avant de faire cuire les pattes, mais surtout pas trop tôt. En fait, les crabes des neiges supportent mal de ne pas être en vie, tiens donc. Il faut absolument le faire trépasser immédiatement avant de le mettre dans l’eau bouillante et pas plus tôt tant sa chair se détériore rapidement.

Ça demande de la technique et un peu de détermination. Le fait est que ce n’est pas bien beau l’intérieur d’un crabe des neiges et ça peut avoir l’air un tantinet intimidant, genre, beurk ! D’ailleurs, rien de l’intérieur du corps du crabe des neiges n’est vraiment comestible. Et il faut aussi nettoyer le haut des pattes, la partie rattachée au corps, pour en retirer tout ce qui pourrait passer pour des impuretés.  

Mais en pensant au festin qui nous attendait, on a fait ça comme des grands, même si c’était notre première expérience : on a séparé les pattes et on a mis tout ça dans une grande marmite (qu’on avait acheté spécialement pour l’occasion) remplie d’eau bouillante bien salée (une tasse de gros sel par gallon d’eau… ou encore, un gallon d’eau de mer, tout bonnement). On laisse cuire pendant une quinzaine de minutes, on installe la nappe et les assiettes, on sort le vin blanc du frigo et on déguste.

Aucun crabe au monde n’arrive à la première phalange de ces crabes-là! Juteux, sucrés, remplis de ces saveurs que seuls les fruits de mer les plus frais peuvent offrir. On bavait de bonheur. La face tout en sourire, le cœur tout en joie, la bedaine replète, les doigts et la chemise beurrés de jus de crabe (c’est tellement meilleur que ça sonne…), on a arrosé notre repas d’un délicieux riesling bien froid et on a simplement jouit de notre chance de vivre un moment comme ça. On dit qu’il n’y a pas de chance, que la chance, c’est nous qui la faisons, blablabla… mais dans ce cas-là, ce quai, ce navire, ces crabes vivants, ils sont arrivés bien à point dans une conversation sur le thème de la bouffe, au milieu d’un gros nulle part bleu. Alors donc, salut la chance!

Ahhh, que c’était bon! On en rêve encore.

Il ne faut pas perdre de vue qu’un autre navire nous attend. Il faut s’activer! Comme les crabes nous ont pas mal retardés, nous reviendrons plus tard visiter les sites et villages de cette région savoureuse. Nous avons encore un arrêt important à faire avant de traverser à Terre-Neuve : Louisbourg!

La première vague

LA BULLE ATLANTIQUE

Brie – Aye Pé, j’prends deux semaines de vacances!

Pé – Han, quoi?!?

Brie – On va pouvoir faire du camping autour de la maison et s’occuper de notre terrain pis de notre jardin, ça va être chouette.

Pé – Han, quoi, quoi ?! Deux semaines? Euh… Le jardin??

Bref moment de silence et de réflexion…

Pé – Qu’est-ce que tu dirais si on en profitait pour amener le Mott ailleurs… à Terre-Neuve par exemple, ce serait amusant, non? Un p’tit tour dans les pubs de St. John’s, han? On aura bien le temps de s’occuper de la maison en revenant.

Et c’est comme ça qu’on a décroché le téléphone et sorti l’ordinateur pour vérifier d’abord si on peut se rendre sans trop de restrictions dans cette île de l’Atlantique durant cette époque de pandémie et ensuite, pour réserver le traversier.

Tout s’est réglé avec la précision et la magie d’une horloge dans Harry Potter! On décolle dans six jours. On va passer deux semaines là-bas. En partant le jeudi après-midi après la job de Brie, on couche en chemin quelque part dans le sud du Nouveau-Brunswick et on en profite pour visiter un peu. On arrive au traversier de Nord Sydney en Nouvelle-Écosse le vendredi. Ça nous donne tout plein de temps pour voyager les 700 kilomètres qui nous sépare de là et on sera tout bien organisé pour monter à bord du traversier à destination de Terre-Neuve le vendredi soir.

Ensuite, il faut penser à Lupa, notre belle Alsacienne qui va nous accompagner sur « le Rocher »; avertir les voisins, nos amis et réorganiser tout le motorisé – beaucoup trop plein de gugusses inutiles pour nos besoins durant ce périple sur des routes incommodes. Il faut aussi penser au contenu du frigo et de nos garde-mangers, un détail important puisqu’il faudra fermer le gaz durant la traversée maritime de sept heures entre Sydney et Port aux Basques à Terre-Neuve, ce qui veut dire que le frigo ne fonctionnera pas durant tout ce temps-là en pleine chaleur estivale : on va probablement se tourner vers l’ancienne technologie et apporter nos glacières. On le dira à personne.

Deux semaines, ce n’est pas beaucoup, mais en même temps c’est suffisant pour changer d’air, s’amuser et découvrir.

LES PRÉPARATIFS

Avant de penser plus loin, il faut bien budgéter un voyage comme ça, surtout qu’on part à l’improviste. La tournée sera d’au moins 4 000 kilomètres aller-retour, 5 000 peut-être… ça veut dire environ 1 500$ d’essence ($1,35\l, à cette époque). Le traversier coûte 650$ en incluant une cabine puisque nous ferons la traversée de nuit et que, règlements obligent, nous ne pouvons rester dans le motorisé pendant le trajet. Il y aura aussi des frais moindres pour les campings que nous visiterons immanquablement, la bouffe et les restaurants… et quelques souvenirs pour nos amis. Finalement, il faudra inclure un changement d’huile en revenant.

Puis il faut sortir tout le bagage régulier du Mott et revoir ce qu’on va apporter avec nous. Inutile de se surcharger avec du matériel dont on ne se servira pas comme par exemple, quatre chaises longues. Deux seront bien suffisantes lorsque les campings seront utilisés pour se reposer de la route et dormir. Inutile aussi d’apporter nos bûches chimiques pour faire des feux, une tente (que nous conservons toujours, des fois que…), la litière de Poutine (qui va rester au frais à la maison, la douce), une table pliante. Tous ces éléments sont importants pour du camping bourgeois de plusieurs jours, mais deviennent inutiles, encombrants et lourds pour des arrêts repos ou des nuits en zones plus sauvages le long de routes en hoquet. Même les bûches de bois « naturel » que nous transportons souvent pour faire des feux rapides en camping ne sont certainement pas recommandées à Terre-Neuve en raison de la présence toujours possible de bibittes et de parasites – inoffensifs sur la « terre ferme », mais potentiellement très nuisibles dans une région isolée qui ne les connaît pas.

On conserve nos cannes à pêche, des fois qu’on trouverait une baie pour tirer une ligne à la mer.

On prend la fin de semaine pour réévaluer aussi le contenu des garde-mangers du Mott, mettre des conserves fraîches, de p’tits gâteaux Vachon frais :o), acheter de nouvelles friandises et des lunchs pour la route et emmagasiner suffisamment de bouffe pour deux jours de route (entre la maison et le point d’embarquement vers Terre-Neuve) en pensant que ce qui ne sera pas consommé avant notre arrivée à Sydney, au nord de la Nouvelle-Écosse, devra être jeté avant de monter à bord du traversier (il faudra fermer nos réservoirs de propane avant d’embarquer et donc, éteindre le frigo) ou placé dans une pas mal petite glacière pendant au moins sept heures. Pourquoi ne pas acquérir une plus grosse glacière? Parce qu’il faudra ensuite trimballer cet objet incongru pendant tout le voyage et qu’on aime disposer d’espaces libres pour ranger les trucs qu’on pourrait trouver au cours de nos explorations.

Lupa. Ça aussi ça demande de la préparation. Ce n’est pas sympathique de laisser un chien à lui-même pendant sept ou huit heures dans un endroit clos (on va naturellement faire fonctionner la ventilation du Mott, mais c’est un habitacle qui demeure tout de même fermé et auquel nous n’aurons pas accès pendant toute la traversée). Malheureusement, ce n’est pas vraiment un choix : si nous voulons l’amener avec nous, il n’y a aucun moyen de la faire voyager en notre compagnie pendant la traversée du Golfe, Covid ou pas Covid : les services maritimes interdisent la présence de chiens sur les ponts. C’est comme si on voyageait en avion, finalement. Et quand on y pense, le Mott est sérieusement plus confortable qu’une cage de transport dans l’espace cargo d’un transcontinental ou l’arrière d’une voiture.

(Expérience faite, Lupa réagit très bien au relaxant et ne devrait pas éprouver d’angoisse durant la traversée. Les effets du sédatif passés, elle retrouve immédiatement son entrain, sa curiosité et sa bonne humeur. Tout va bien.)

On prend les dernières heures pour remplir le placard de vêtements toutes occasions et toutes saisons : la température capricieuse de Terre-Neuve est toujours plus fraîche, surtout que nous voyagerons au nord, près du Labrador. Normalement, des shorts devraient suffire en ce temps-ci de l’année, mais pas pour ces régions. De bons jeans, une veste ou deux et surtout les imperméables, une pièce de vêtement obligatoire si on se fie à notre première expérience.

On est prêt et on décolle en après-midi.

Le quotidien en motorisé

Thunder bay / paRc prov. Whiteshell (15 juillet 2019)

Pendant que Pé étire ses derniers ronflements, Bricot poursuit sa planification de la journée, encore étendue dans le lit, en écoutant le chant des oiseaux.

Faut bien dire que ce lit du Mott a tout pour nous tenir dedans : on a pris la peine d’apporter notre douillette préférée – celle de notre lit à la maison – et de s’acheter de oreillers en plume tout à fait excellents.

L’air ambient vient de la bouche d’aération au-dessus du lit et la fenêtre à côté de nous est pratiquement toujours entrouverte (sauf quand il fait 4 ou 5 degrés dehors, comme dans les Rocheuses… on en parlera plus tard).

Une p’tite caresse sur le front ou le nez ou l’épaule, alouette, et Pé se reveille. On placotte trente secondes du déroulement de la journée entre deux moments dont nous ne parlerons pas, et on sort du lit.

Le déjeuner varie selon l’humeur. Y’a des matins où on file poulet et on se casse une couple d’œufs et y’en a d’autres où on se sent plus granola et on se contente de notre pain graineux, mais dans tous les cas, la première action est consacrée à la préparation d’un bon café.

Il y a des inconvénients indéniables à conduire un si gros véhicule d’un bout à l’autre du Canada, mais scie bouère que les avantages sont extraordinaires : se préparer un café comme on aime le matin, bâiller aux corneilles pendant qu’on se fait une p’tite toast sur le feu de la cuisinière au milieu de nulle part, regarder la chatte qui grignote son p’tit repas pendant qu’on fait la vaisselle et qu’on nettoie un peu notre campement avant de partir, c’est de la magie ! Y’a rien comme ça nulle part.

Le nettoyage du matin, c’est quand même pas d’la tarte : il faut passer l’aspirateur partout (c’est ça vivre avec un chat) sinon notre petit espace deviendrait vite invivable. Heureusement, on a prévu le coup et on s’est doté d’un super Dyson portarif qui fait une pas mal belle job.

Puis il faut vider la litière de Poutine qui se trouve juste derrière le siège de la conductrice et qui pourrait sérieusement changer l’air du temps si on la laissait aller. En passant, avez-vous déjà remarqué que les chats font toujours leurs petits besoins dans les mêmes coins de leur litière? Bon, ce sera pour une prochaine fois.

On lave aussi la vaisselle du matin, question de ne pas remplir notre petit lavabo de vaisselle sale qui va cloquincloquanter toute la journée au fil de la symphonie du chemin, hé.

On fait le lit, replace à des endroits protégés tout ce qui pourrait prendre les airs pendant qu’on roule et on fait le tour de nos deux poubelles, là encore pour maintenir les ions olfactifs dans un bon équilibre.

Puis on prend la route après avoir programmé le GPS pour la prochaine destination, généralement choisie en fonction de ses attraits éducatifs ou touristiques. Ce sera les mines d’or, les dinosaures des prairies, un marché de fermiers locaux ou un beau camping, dont nous reparlerons en temps et lieux, notre petit blogue n’étant pas écrit de façon complètement linéaire.

Nous arrêtons souvent aussi, il faut bien dire, pour faire le plein, faire le vide, prendre une photo irrésistible, nous reposer….

L’une des raisons pour laquelle nous avons choisi ce véhicule, c’est que son lit est permanent ce qui nous permet de faire la sieste quand bon nous semble, sans faire de chichi avec le décor intérieur. Après 400 ou 500 kilomètres à naviguer entre les côtes, les camions, les vents latéraux et les mauvaises routes, personne ne pourrait nous critiquer pour un moment de paresse, j’espère. En tout cas, comme on est en vacances, on se le permet.

On prend le lunch généralement quand ça nous tente ou quand on a faim. Un sandwich inventé avec tout ce qu’on a dans le frigo, ou un peu de viandes froides ou quelques crudités font l’affaire et nous sustentent jusqu’en après-midi quand on fouille dans le garde manger cette fois, pour des pinottes ou d’autres noizitudes.

Si on a pu trouver une richesse gastronomique locale, on va se la préparer pour le souper. 

Ce soir, après avoir déplacé le Mott pour éviter de recevoir des branches mortes sur le toit, on s’est fait cuire un gigot d’agneau désossé

dont on n’a rien laissé sinon quelques gouttes de vin. Il était vraiment bon!

Et quand tout est dit et qu’on a fait notre dernier rot, on fait la vaisselle, on prend une petite douche et on va lire un peu dans notre lit avant de vous dire bonne nuit et de fermer notre petite veilleuse.

Les pattes bien dégourdies par sa petite promenade du jour, Poutine dort depuis longtemps déjà.

Ils sont fous ces promoteurs miniers…

Segment opasatika / thunder bay (14 juillet 2019)

Quand on roule dans le nord de l’Ontario, on peuts’attendre à rencontrer à peu près n’importe quoi ! On n’a pas vu beaucoup de faune, sauf un nounours bien gras qui a traversé la route en courant quand il nous a vus, mais les paysages, les forêts, les lacs et les architectures locales valent bien le détour. C’est comme ça qu’au milieu de nohouére on a vu apparaître une structure qui a attiré notre attention sur sa petite butte.

Centre d’interprétation de Geraldton. Avouez que cela attire le regard…

Petite parenthèse, parlant d’attirer l’attention, nous avons déjà mentionné à plusieurs d’entre vous notre crainte que Poutine attire les regards des badauds de la côte Ouest en se plantant directement dans le pare-brise ou dans la fenêtre de la dinette, comme elle sait si bien le faire.

Et ce faisant, elle risquerait de nous mettre dans l’embarras face aux ardents défenseurs qui se liguent contre la cruauté envers les animaux.

Eh bien nous nous inquiétions pour rien ! Poutine nous a montré son petit côté timide et se cache aussitôt qu’elle nous voit nous éloigner du Mott… Et où se cache-t-elle, demandez-vous? Essayez de deviner?

Fermez la parenthèse…

Le Centre d’interprétation de Geraldton parle de la vie de cette région isolée et de ses autochtones…

… de la géologie et de l’histoire de la création et de l’exploitation des mines de la région…

… et des pompiers spécialisés dans la lutte aux feux de forêt.

ll est hébergé dans une architecture assez originale pour attirer l’attention de loin sur la route. Comme on est des touristes pas mal typiques, on arrête là où les gens ont eu suffisemment de talent pour attiter notre attention… et la compétition pour le dollar touristique est forte.

Ce musée a tout pour être fier : de beaux artéfacts, des informations détaillées et des présentoirs intelligents même s’ils ne brillent pas de richesse… pour une bâtisse assise sur une mine d’or. Sans compter que la visite est gratuite…

Bon, c’est le moment éditorial de notre journée! Il nous semble à nous, pauvres voyageurs, que les quelques structures d’accueil et d’information sur le bord de la route qui se tiennent bien, qui sont propres et bien faites, qui ont nécessité quand même un certain investissement et qui sont intéressantes pour les touristes que nous sommes, devraient être protégées un peu, hé? On protège des roches, le Rocher Percé par exemple !

Meuh non! Vous avez lu que le musée se trouvait sur une petite butte? Que la bâtisse est assise sur une mine d’or? C’est vrai. Mais tout autour de cette région est une mine. Il y en a partout, à gauche, à droite, en avant et pas mal en arrière aussi. Alors, c’est pas comme si cette petite butte-là allait changer la richesse de la compagnie qui en est propriétaire,non (et oui, qui a fait construire le musée…) ?

Alors donc, tata les belles photos, les beaux présentoirs éducatifs, le centre d’information touristique. L’an prochain, au grand dam de tous ceux qui étaient avec nous durant la visite, l’édifice va être démoli pour laisser la place à une autre mine! On gages-tu que personne dans le coin va bénéficier d’un nouveau trou dans le sol?

Amen.

Après toutes ces émotions, nous avons poursuivi notre route par-delà le lac Nipigon jusqu’à Thunder Bay.

Rendus à Thunder Bay, nous avons fait quelques emplettes puis nous avons déniché un bel emplacement au terrain de camping municipal de l’endroit, sur le bord une crique bien tranquille, où nous avons décidé de passer la nuit…