Scènes de famille

Ce n’est pas la première fois que nous nous plongeons dans l’univers de Louisbourg Pé et moi, en solitaire comme en couple, mais cette fois-ci nous nous apprêtions à faire une découverte désarmante… Nous vous en parlerons tantôt. Pour le moment, je laisse Pé présenter ce lieu, grandiose et épique à la fois.

FORTERESSE DÉSERTÉE

La forteresse de Louisbourg, c’est un drôle de phénomène. Pour bien la comprendre, il faut la comparer, disons, au Village acadien. Pourquoi pas. Dans le fond, les deux endroits sont des reconstitutions de ce qui était une réalité il y a près de quatre siècles.

Dans un cas, celui du Village, on a reconstruit les maisons et les fermes, les forges et les scieries; on a recréé les intérieurs et mis du bois et du feu dans les grands foyers domestiques et on a embauché des gens de la place qu’on a déguisés en gens d’époque pour redonner cette atmosphère de vie d’antan, avec ses chandelles, ses fourches, ses petites chambres au plafond bas et le récit des grandes familles qui s’entassaient dans quelques mètres bien trop carrés. Ce village n’a jamais existé comme tel, mais il reprend fidèlement les parcelles architecturales et sociales d’une époque lointaine et parvient avec succès à transporter la saveur et les odeurs qui se seraient autrement perdues dans le temps.

Dans l’autre cas, c’est une véritable forteresse que les touristes aperçoivent dès leur arrivée sur la péninsule qui retient Louisbourg, la même forteresse que les forces anglaises ont envahie en 1745, au même endroit. De la route d’accès à bord de son Winnibago, le touriste peut déjà voir l’importance stratégique du lieu, l’imposante édification de pierres colossales face à la mer, ses grandes murailles et les échancrures de ses canonnières; ses faiblesses militaires aussi, avec des collines verdoyantes qui surplombent le flanc arrière des fortifications et à partir desquelles des fantassins embusqués pouvaient facilement observer les activités du fort.

Avec un peu d’imagination, on peut voir la flotte anglaise ancrée au large devant les bouches béantes des canons. Tout ce drame s’est déroulé là, ici, et pas ailleurs. Les murs ont été reconstruits fidèlement à partir de ruines encore visibles, sous la supervision d’archéologues, d’historiens, d’ingénieurs et d’architectes spécialisés en reconstitution historique. Tout a été réalisé pour donner l’impression au visiteur moderne qu’il va entrer dans la forteresse de Louisbourg au dix-huitième siècle et qu’une guerre peut éclater à tout moment.

On se sent bien dans le Village acadien : malgré le poids de l’histoire, ça sent bon le bois qui brûle et le pain qui cuit dans l’âtre de plusieurs maisons. On a froid dans le dos quand on frôle les murailles de Louisbourg, qu’on pousse le nez dans ses meurtrières. Il y a, bien entendu, les gens du coin qu’encore ici on a déguisé en soldats ou en habitants du dix-huitième siècle pour reconstituer la vie quotidienne à l’intérieur des grandes murailles. On a même une taverne et on peut entrer dans les maisons de l’époque, puisque la forteresse servait également de port de pêche à la colonie, adoucissant ainsi, pour le visiteur moderne, le caractère martial du site. Mais l’endroit demeure un lieu franchement sinistre.

Louisbourg, c’est le drame et le symbole d’une culture, d’une civilisation qui a perdu la bataille. De la lutte interminable entre l’Angleterre et la France pour s’arracher à l’un et à l’autre les richesses de ce nouveau monde et pour protéger Québec!

Point à la ligne!

Rangeons les manuels d’histoire et poursuivons.

La première vague de la pandémie n’a pas été aussi rude que la seconde, mais elle a quand même vite frappé le tourisme. Dans l’incertitude face aux restrictions qui venaient et ne venaient plus, le touriste moyen est resté chez lui par crainte de ne pas pouvoir revenir sans se voir imposer une quarantaine ou pire, d’y laisser ses poumons et sa peau. Faute d’inoculation, personne ne voulait se retrouver en groupe, surtout pas en groupe dans des espaces confinés. Dans les rues relativement étroites de Louisbourg, par exemple.

Le problème pour les gestionnaires touristiques du lieu historique, c’est que la majeure partie de sa clientèle est américaine. Or, pandémie oblige, le Canada a fermé ses frontières et plus rien de passe. Les visites de la bulle Atlantique ne suffisent pas à alimenter l’imposante architecture d’accueil qui a été mise en place sur ce site de grande envergure. Les rues et ruelles de la ville reconstituée ont l’air désertes et les maisons historiques, les restaurants et les murailles sont vides.

Qu’à cela ne tienne, on a stationné le Mott à l’arrière du site, aux abords du village, et nous avons pris d’assaut chacune des habitations et des échoppes les unes après les autres en prenant le temps de nous imprégner des histoires contées et des odeurs de l’époque.

Notre découverte désarmante, nous l’avons fait en visitant les baraques de la garnison. En effet, en lisant l’histoire du siège de Louisbourg, qui ornait les murs, quelle ne fut pas notre surprise de lire le nom de William Ross, un caporal du 78e régiment des Fraser Highlanders, qui se trouvait dans la flotte anglaise lors de la deuxième prise de Louisbourg en 1758, le même qui a participé quelques mois plus tard à la bataille des Plaines d’Abraham sous les ordres du général James Wolfe. Intriguée, Brie a rapidement pris son cellulaire pour confirmer ce qu’elle intuitionnait… ce William Ross était dans les faits son ancêtre maternel, qui a francisé son prénom lorsqu’il a pris épouse à Montmagny en 1764.

Il n’en fallait pas plus pour que l’imagination débordante des Lenou réécrive l’histoire de la prise de Québec, où l’ancêtre maternel Guillaume Ross a croisé le fer avec l’ancêtre paternel de Brie, Pierre Aucouturier. Et devinez qui a gagné?

Feu à volonté! On ne peut pas réécrire toute l’histoire, hé.

À plus tard.

One Reply to “”

  1. Je viens de lire ce beau texte. Le dernier paragraphe m’a pris par sur-prise.

    Le texte reflète bien ce que l’on vit lorsqu’on visite la forteresse de Louisbourg. Ma première et dernière visite remonte au début des années 1970, Évidemment, c’était le début de la réalisation de l’infrastructure. Je vois par des photos que le site à bien changé.

    Paul

    Envoyé à partir de Courrierhttps://go.microsoft.com/fwlink/?LinkId=550986 pour Windows

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