Préambule

« Une pandémie (du grec ancien πᾶν / pãn « tous », et δῆμος / dễmos « peuple ») est une épidémie présente sur une large zone géographique internationale. Dans le sens courant, elle touche une partie particulièrement importante de la population mondiale. » (Wikipedia)

C’est dit, on sait de quoi il s’agit.

Mais ce que ça signifie dans la vie de tous les jours, c’est une autre histoire pour laquelle Wikipedia pourrait avoir au moins sept milliards de définitions. Ça dépend vraiment de la bête qui la vit, la P-A-N-D-É-M-I-E.

Tiens, nous par exemple.

D’abord, pour voyager en temps de pandémie, il faut vouloir en saperlipopette, comme disait Hergé!

Photo de Anna Shvets sur Pexels.com

Voyager en temps de pandémie veut dire faire et refaire ses plans, les ajuster en fonction des changements du moment selon les mesures de prévention vues les unes par les spécialistes (qui voudraient tout fermer, mettre des masques et des costumes stérilisés à tout le monde, isoler les maisons dans des bulles hermétiques) et les autres, par les gouvernements (qui tentent tant bien que mal de conjuguer l’économie, la protection de la vie et de la santé de leur population et la mobilité entre les frontières de leur territoire, qu’il soit provincial ou national).

Tout le monde doit tantôt porter le masque, tantôt s’isoler en rentrant, ou en sortant, ou en allant à la toilette. Les restaurants, les lieux de rassemblement, les bancs publics sont fermés ou barricadés. Tout le monde est persona non grata partout, tout le temps. Les modifications et les mesures sont tellement fréquentes et tellement diverses que dans le fond, il n’y a pas moyen d’aller ailleurs que dans sa cour !

Et il y a, dans cette mouture, ceux et celles qui lancent à qui veut l’entendre que c’est la faute des Chinois, des laboratoires, des Américains, des singes, des chauves-souris ou des moustiques. Les complots sont sous tous les tapis. Au point où même les plus rationnels se demandent sur quel cap orienter leur boussole.

Dans ses premiers mois, la maladie n’a provoqué qu’un léger remous dans l’apathie générale. Tout le monde savait que quelque chose d’assez grave – disait-on – s’approchait de nous, mais c’était encore loin, impalpable. Les mesures de prévention étaient encore assez floues de sorte qu’il était encore possible de louvoyer entre les restrictions pour se déplacer dans les « environs » de la maison. Partout au pays et à travers la planète, on parlait de fermeture de frontières et de quarantaine pour les voyageurs. De maladie obscure, Covid est devenue « la Pandémie »! Avec un grand P.

Plus moyen de sortir nulle part. De pigeons voyageurs, nous sommes devenus perruches, sédentaires reclus, malheureux et sérieusement en mal de sortir de la cage. Trouver un passage entre les mailles des mesures de confinement, de plus en plus serrées des gouvernements de tous les territoires, est devenu un exercice qui frisait la témérité. Mais nous étions déterminés, malgré les murs de béton qui s’étaient élevés aux frontières

Dans notre cas à nous, la première vague de Covid-19 nous a rattrapés alors que nous étions en pleine planification d’un deuxième voyage dans l’Ouest, en prenant le passage du Nord. plus précisément par le nord de l’Ontario et le Manitoba pour ensuite entreprendre une lente et douce remontée vers le nord de la Saskatchewan et de l’Alberta vers Dawson Creek, en Colombie-Britannique et vers la route de l’Alaska, en direction de Whitehorse et de Dawson City au Yukon, notre destination finale! Nous aurions ensuite laissé rouler le Mott vers le sud, direction Vancouver avant de revenir par le tracé familier de la transcanadienne d’Ouest en Est. Un projet de quatorze mille kilomètres remplis de promesses, de paysages ahurissants et de bouffes felliniennes.

C’était notre Plan A, élaboré dans l’incertitude de frontières tantôt ouvertes, tantôt fermées comme des huitres capricieuses. Optimistes de nature, nous nous sommes accrochés à nos cartes routières, nos réservations de camping et nos récits anticipés de découvertes tant gastronomiques que touristiques : le Yukon, la route du Klondike, la frontière de l’Alaska que nous songions même à traverser, pour le plaisir de dire que nous allions pousser aussi loin que nous le pouvions, l’exploration de cette région légendaire.

Bon, il a fallu se réveiller. Le Canada est un grand pays et nous devions compter sur la bonne volonté de huit gouvernements distincts et grippés avec chacun un gros doigt sur la serrure d’une porte qu’en ces temps de pandémie, on ouvrait et on refermait au moindre toussotement. Et on toussait beaucoup, partout, tout le temps.

Compte tenu de la logistique associée à ce périple, nous avons donc cru plus raisonnable de songer à un Plan B.

Dans l’Est, on parlait de la Bulle Atlantique, une zone englobant toutes les provinces atlantiques, excluant le Québec et incluant, bien entendu, Terre-Neuve, zone à l’intérieur de laquelle il était possible de voyager et de vivre une vie à peu près normale. On a donc viré de cap et programmé notre GPS direction Port-aux-Basques.

Un reportage de Nicolas Steinbach (journaliste, ICI Acadie) – 3 juillet 2020

Au printemps de la deuxième année de confinement, alors que tout le monde croyait déjà voir la fin de cette misère malgré les rumeurs de deuxième vague, notre projet était de filer explorer la côte nord du Québec jusqu’à Mingan et Natasquan, une région que nous n’avions pas encore choisi comme destination pour toutes sortes de raisons incluant, encore là, la logistique de voyager dans des zones pas mal déconnectées, sur des routes pas toujours commodes au goût de notre Mott. Qu’à cela ne tienne, planification oblige, nous avons tenté d’organiser une visite ou deux des sites touristiques les plus importants de cette région, dont les fameux barrages de la Manicouagan. Bien voilà : en raison de la Pandémie, le nombre de visiteurs avait été réduit et finalement, il ne restait plus de place, trois mois avant notre départ. Les traversiers aussi faisaient leur difficile de sorte que, de frustrations en serrements de cœur, nous avons délaissé ce plan-là aussi.

Le Plan B version 2.0 consistait à retourner à Terre-Neuve, mais alors que nous entamions nos premières recherches, la Bulle Atlantique s’est dissoute et on ne pouvait plus se rendre là-bas sans une quarantaine à l’aller et probablement au retour.

La poubelle des croquis de nos plans de voyage commence à se remplir de nouveau!

Déterminés à ne pas abandonner et à sortir le Mott de ses boules à mite, nous avons dessiné le tracé de ce qui allait devenir notre Plan C : parcourir la Nouvelle-Écosse le long de tous ses littoraux, de haut en bas et de long en large, en commençant, comme il se doit, par le Cap Breton. Rien de bien exotique, mais même si on croit connaître cette province pour y être allés maintes fois, bien peu de gens ont pu tranquillement se laisser glisser le long des détours de ses côtes souvent sauvages à la recherche de plages ou de baies encore inexplorées. C’est long et grand la Nouvelle-Écosse, sans compter ses milliers de pages d’histoire, éparpillées au fil des régions qui ont marqué l’évolution de la francophonie en Nouvelle-France, en Acadie et dans l’ensemble de l’Amérique du Nord.

Masque à la main et dossier médical dans la poche arrière, c’est ainsi que nous avons abordé cette pandémie, un sourire parfois un peu hésitant aux lèvres, une petite inquiétude – il faut tout de même le dire – dans le cœur, et l’esprit bien ouvert à la découverte.

Commençons donc par le début : Terre-Neuve et la première vague!

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