Aujourd’hui, nous vous proposons une ode en hommage du pays de Daniel Lavoie, les Prairies, ou dans ses paroles à lui, la Plaine. Accordez-vous ce moment pour savourer les Jours de plaine, comme nous l’avons fait…

La plaine, c’est comme la mer : aussi grande avec ses horizons à perte de vue, avec des vagues dans ses blés qui font des creux et des vallons, aussi immense dans son regard qui englobe la courbure de la terre, aussi intense avec ses vents qui fouettent tout, comme des voiles. On ne peut parcourir ce grand espace sans se sentir petits, petits.




Bricot et moi, on a traversé ces mille cinq cent kilomètres des dizaines de fois, d’est en ouest et d’ouest en est, en auto, en moto, en minivan, en Mott, autant d’embarcations chahutées par le Chinook qui charrie des cumulonimbus aussi immenses que l’imagination. On peut voir venir un orage à des centaines de kilomètres, assez pour se donner le temps d’avoir peur. On peut sentir la pluie laver les champs de luzerne cinquante kilomètres avant d’être mouillé. C’est hallucinant la plaine.




Quand on conduit sur ce long long long ruban d’asphalte qui s’étend à perte de vue sur l’horizon, on a l’impression d’être comme un capitaine au long cours qui ne touche pratiquement plus au gouvernail et qui scrute au loin la côte qui se fait distante. Rien pour retenir le regard sinon les oiseaux, les pizzas sur l’accotement, l’étendue infini tantôt de canola, tantôt de blé ou encore tantôt de luzerne. Chaque culture couvre des kilomètres. Une ferme, comme une île lointaine, apparaît de temps à autre avec ses immenses silos. On imagine la machinerie monstrueuse qu’il faut utiliser pour labourer des espaces aussi titanesques.








Ça en prend des silos pour engranger toutes ces futures boites de céréales et ils ne sont pas tous au loin. Il faut en construire qui attendront les trains et les camions, le long des voies et le long de la route. Des silos aussi grand que le paysage qu’on voit à l’horizon comme autant d’inukshuks annonçant un campement humain.







Les camions, les hénormes motorisés, les milliers de camionettes et les autres véhicules de toutes les marques défilent indolents sur cette grande autoroute comme des somnambules, comme portés par des coussins d’air, filant droit devant, dépassant sans émotions, sans regarder, uniquement l’horizon. Tant de mouches qui s’écrasent sur le devant du Mott en se demandant sans doute d’où vient cette malchance dans cette grande étendue où elles auraient pu voler.

De temps à autre, une chenille immense serpente sur ses rails invisibles dans les blés. Des centaines de wagons, parfois étirés sur plus d’un mille derrière leurs locomotives forment pendant quelques minutes, un mur dans la plaine, une barrière trompienne entre ce qu’on peut voir et l’infini qui continue ensuite.



On a bien le temps de poétiser, le ronron continu du moteur et le suintement du vent contre les parois du Mott jouent aux muses avec nous.
Il y a aussi ces champs surréalistes de marguerites qui apparaissent ici et là sur la ligne d’horizon, semés parfois serrées, parfois isolées les unes des autres, avec leurs corolles échancrées et ces pétales, grandes et fines, ces longs bras aveugles qui tentent de leur mieux de retenir le vent. Elles apparaissent parfois tout près au hasard du courant routier, mystérieuses dans leur immensité et fragilité.



S’il n’y avait qu’elles! Le soleil y trouve aussi son dû avec tous ces miroirs qui tassent les cultures et s’installent en grappe et en rangées pour lever un bouclier tout lumineux vers le ciel. S’il n’y avait pas tous ces fils qui courent partout, ce serait magique.


Tiens, une surprise : un boisé et sa faune. On doit approcher de l’Ontario. Au moins, ici, les arbres ne sont plus menacés par les insectes carnivores (dendroctones) qui ravagent les forêts de l’Ouest. Le jaune orange n’est vraiment pas une belle couleur dans le bois.




Désolés, mais nous devons nous arrêter ici pour aujourd’hui… Poutine a une petite odeur de mutinerie et nous demande où on est rendus…



Beau texte poétique et belles photos des plaines.
J’ai aimé entre autre d’une bâtisse toute croche au loin dans le fond d’un champ.
Celle du chevreuil aussi est belle.
Je sais que Pierre n’aime pas les bibittes et alors je comprend qu’il en a tué plusieurs avec le motorisé mais il va falloir le nettoyer le pauvre.
Euclide
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