Prisonniers de notre bonheur

7-8 juin 2019
L’une des nombreuses églises de l’Ile-du-Prince-Édouard

On aurait préféré ne pas terminer le weekend prisonnier, mais on a quand même eu du plaisir durant notre séjour à Cavendish.


Faut dire que le voyage, comme toutes nos expériences depuis qu’on a entrepris la période de rodage de notre motorisé, avait bien commencé. Poutine était de bonne humeur, on avait fait le plein d’essence, d’eau et de bouffe et on se sentait en vacances.


Le parc national Cavendish n’est quand même pas à la porte. L’île du Prince-Édouard a beau se trouver presque à portée de vue, il faut encore se rendre passé Moncton et continuer vers l’est sur une route v r a i m e n t pas en bon état, traverser le grand pont de la Confédération – une merveille d’ingénierie – et couper l’île en deux pour se rendre à destination, à 350 kilomètres de la maison.

Cavendish tire son nom d’un Lord anglais du dix-huitième siècle et tire sa popularité de sa proximité avec New London, le lieu d’origine de la maman d’Anne aux pignons verts, Lucy Maud Montgomery. Il faut dire aussi que des milliers de touristes connaissent cette région pour la beauté et la grandeur de ses plages de sable rouge au sud (en raison d’une forte concentration en oxyde de fer dans le sol de l’île), et blanc dans le nord. Les plages du parc national de Cavendish sont un des principaux attraits de cet endroit. 

Le parc comme tel est agréable, mais nous ne l’avons pas trouvé exceptionnel. Les espaces de camping sont dégagés et nous avions choisi un site à proximité relative de la mer. Les voisins étaient un peu trop près à notre goût et l’ensemble du parc, sans être négligé, avait un air de laisser-aller qui nous a laissés sur notre appétit. Rien qui puisse se comparer à Kouchibougouac, qui quant à nous, représente la mesure à battre.

Nous avions décidé de laisser la porte ouverte aux découvertes gastronomiques locales, mais après un peu de recherche, nous avons finalement opté pour le contenu de notre frigo… tout de même passablement bien garni : une côte de bœuf premier choix accompagnée de crevettes du Pacifique (qu’on a flambées au rhum) et de pommes de terre grelots aux fines herbes. On a bien tenté de trouver des mollusques locaux sur la plage, mais comme le parc ne permet ni la pêche ni la cueillette (bonne chose à savoir pour l’avenir), on s’est contenté de ce qu’on avait… On a eu beau se donner un air misérable, personne ne nous a crus.

En camping – je sais que le terme donne l’impression qu’il y a des mouches et que c’est rustique, ce qui n’est pas tout à fait notre cas – il faut quand même orchestrer la préparation du repas quand il est composé de plusieurs éléments disparates et préparé au grand air (on préfère cuisiner dehors, question de profiter du soleil et du décor). Ça semble évident, mais on ne saisit pas ses crevettes à la même vitesse qu’on grille son steak et les températures de cuisson ne sont pas les mêmes à l’extérieur que dans sa cuisine. Et parlant de steak, pas facile non plus d’obtenir une cuisson parfaite sur un tout petit barbecue, même si le truc en question se prend pour Napoléon.

En tout cas, la cuisson du steak était parfaite, na! les crevettes succulentes et les pommes de terre, à point. On s’est bourré la face, on a fait la vaisselle et on s’est assis devant le feu en se tenant par la main. On a aussi étrenné notre système extérieur de divertissement et on a regardé un film comme si on était au drive-in. Des vrais enfants.

Le lendemain, on a repris la route.


Semblable malheureusement à de nombreuses autres routes du Nouveau-Brunswick, celle qui relit le continent à l’île du Prince Édouard est détestable : nids de poule après nids de poule, crevasses dans la chaussée, dos-d’âne en mitraille… tout un tas d’obstacles qui pourraient passer inaperçus à motocyclette (on a fait ce voyage plusieurs fois à moto, sans trop de problèmes) ou en auto parce qu’on peut zigzaguer entre les trous… mais pas en motorisé! En VR, on ne zigzague pas sur la route. Mauvaise idée. Des plans pour se retrouver dans les pissenlits avec ses assiettes et ses draps sur la tête.


Le truc, c’est qu’un motorisé, c’est un véhicule complexe, composé de plusieurs systèmes différents et compliqués : les appareils ménagers (poêle et frigo), l’extension, le système de chauffage, le système audiovisuel, le système d’air conditionné, tous ces joints étanchéisés au silicone, qui bougent, sautent, vibrent et s’accrochent tant bien que mal quand le véhicule bondit abruptement d’un dos-d’âne à l’autre sur la route. Même la poignée de la porte d’accès à l’habitacle y passe! Oui, même ça!

Vous ne savez peut-être pas, mais une serrure de motorisé est conçue pour résister aux torsions du véhicule et de son espace habitable – généralement. Deux grosses vis qui sortent de la serrure retiennent la porte dans son cadrage quand elle est fermée, justement pour la tenir bien en place. Du solide! Or une vis qu’on a sans doute oublié de vérifier ou de resserrer avant de partir, qu’est-ce que ça fait quand c’est soumis de façon soutenue à une forte vibration? Ça se dévisse. Maudite route! Et quand une vis qui se trouve dans le cadre d’une porte décide de se dévisser de façon inopinée au milieu de nulle part, qu’est-ce que ça donne? Une porte qui ne rouvrira plus jamais! 

💩💩💩💩

On a donc terminé le voyage dans le stationnement de notre maison, prisonnier de notre motorisé. Rassurez-vous, on dramatise un peu parce qu’il y a heureusement d’autres portes dans un motorisé : celles de la cabine de pilotage, fiouf! Mais bon, il a fallu défaire toute la serrure, chercher le problème (en vain… on ne pouvait pas savoir qu’il s’agissait des vis et non d’un pêne bloqué ou cassé), pour finalement forcer la porte afin de parvenir à la libérer de ses verrous improvisés. On a commandé une nouvelle serrure et plus rien n’y paraîtra d’ici quelques jours. Une trop longue histoire peut-être? Elle a été pas mal fatigante pour nous.

La morale ? Quand on voyage en motorisé, il faut se préparer à tout et chercher les belles routes, celles qui sont faites pour les voyageurs sans soucis, ceux et celles qui aiment les p’tits nuages doux et chérissent les amortisseurs ouateux de leur véhicule. On a pris des notes et on a hâte de repartir. Le grand voyage, le vrai, c’est dans un mois!

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